ENSEIGNEMENT : La course vers l’excellence loin d’être achevée…

Les réformes passées ont introduit une rupture avec l’ancien mode d’organisation et de gestion du système de l’enseignement supérieur et une meilleure régulation grâce à des structures et des mécanismes de coordination. Toutefois, plusieurs problèmes grèvent encore le système de l’enseignement supérieur, que ce soit dans le public ou dans le privé. La vision 2015-2030 de la réfome est censée y remédier.

Le secteur de l’enseignement supérieur au Maroc a fait l’objet depuis 2000 d’une succession de réformes qui ont porté sur plusieurs aspects touchant aussi bien à la gouvernance, à la régulation qu’à la pédagogie. Ces réformes se sont traduites notamment par la mise en place du système LMD (licence-master-doctorat) qui a permis d’harmoniser les formations au niveau national et de favoriser la mobilité des étudiants ainsi que l’alignement sur les standards internationaux, notamment européens (processus de Bologne) ; le développement et la mise en place d’un système d’assurance qualité dans l’enseignement supérieur ; la professionnalisation de l’offre de formation universitaire en vue de l’adapter aux besoins du monde socioéconomique; le renforcement de l’ouverture du système à l’international et l’intégration progressive des technologies de l’information dans l’enseignement supérieur.

Sur le plan de la gouvernance, la réforme a introduit une rupture avec l’ancien mode d’organisation et de gestion du système de l’enseignement supérieur en faisant de la décentralisation et de l’autonomie des universités les principes clés de pilotage et de gouvernance du système. Elle a ainsi défini les nouvelles missions de l’université et a organisé son fonctionnement autour des principes d’autonomie pédagogique, administrative et financière. De même, le secteur de l’enseignement est bien régulé et mieux organisé grâce à la loi 01-00 qui a  défini le rôle et la responsabilité du ministère et a prévu des structures et des mécanismes de coordination et de régulation. En effet, ont été créés la Commission nationale de coordination de l’enseignement Supérieur en juin 2003 ; la Commission de coordination de l’enseignement supérieur privé en avril 2005 ; l’Instance nationale d’évaluation en 2006 au sein du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique ; le Conseil de coordination des établissements ne relevant pas des universités en 2009 et l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, en 2014. Par ailleurs, les universités et établissements publics sont actuellement dotés de conseils. Il faut savoir que le processus de préparation et de mise en œuvre de la réforme, dans son aspect pédagogique, a démarré depuis l’adoption de la loi 01-00 portant organisation de l’enseignement supérieur. Ainsi, la mise en œuvre de la réforme s’est réalisée de manière progressive : en 2003 dans les établissements à accès ouvert (facultés) qui accueillent annuellement la majeure partie des candidats à l’université, et puis en 2006 dans les établissements à accès régulé (écoles à accès contrôlé).

Ces réformes, qui ont représenté un grand pas vers la modernisation et le redressement du secteur de l’enseignement, n’ont pas été vues du même œil de la part de tous les professionnels. En effet, «le système ne répond plus aux besoins du marché. Des réfomres ont certes été menées, mais leurs effets sont de court terme et elles ne règlent pas le fond du problème», se désole Essaid Bellal, Directeur général du cabinet Diorh, qui ajoute que «Le redressement du secteur doit passer par une refonte générale du secteur, que ce soit en terme de pédagogie, de corps professoral, de qualité des formations prodiguées, de suivi et d’accompagnement…». Pour sa part, Driss Frej, professeur enseignant et ex-vice doyen à la faculté Mohammed V de Rabat estime qu’en plus du système LMD qui ne fonctionne pas comme prévu, du fait d’un certain nombre de raisons comme le niveau élevé de l’effectif des étudiants et la succession des contrôles continus, la communication et les langues ne sont pas vraiment pris en compte dans le cursus universitaire. «Sachant que 80% des articles de recherche et des documents sont publiés en langue anglaise, ce problème ne rend aucun service à la faculté qui a pour vocation première: la recherche et la production de valeur ajoutée», souligne-t-il.

L’accréditation d’une filière peut être retirée à tout moment

Malgré tous ces maux, l’université publique reste plébiscitée par les étudiants du fait de sa formation pluridisciplinaire et de sa capacité historique à former des cadres et à accompagner le développement socioéconomique du pays. D’ailleurs, plusieurs formations y sont disponibles avec un programme d’apprentissage riche et ce, tout en alliant connaissances théoriques à l’aspect pratique. D’autant que les universités marocaines se sont frayé une place dans les classements internationaux, prouvant ainsi le niveau de plus en plus apprécié de la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique marocains.

En face, plusieurs écoles et universités privées sont apparues, censées combler le déficit en formation et absorber l’effectif des étudiants dont la situation financière permet de disposer d’une qualité d’enseignement différente. Mais la situation a évolué autrement puisque certains propriétaires ont créé des écoles privées juste en raison de la rentabilité qu’elles dégagent. Cependant, les plus sérieuses et les plus engagées en la matière  fn’ont pas de mal à se distinguer de par le niveau de la formation qu’elles offrent, mais aussi de par l’ensemble des compétences humaines qu’elles tiennent à développer chez l’étudiant, très demandées d’ailleurs par les recruteurs.

Par ailleurs, certaines ont déployé beaucoup d’efforts pour assurer une double diplomation avec une école étrangère ou pour obtenir l’accréditation des filières de formation ou encore la reconnaissance de l’Etat. Aujourd’hui, le ministère de tutelle compte environ 750 filières de formation accréditées. Notons que l’accréditation d’une filière de formation du privé est accordée par décision de l’autorité gouvernementale chargée de l’enseignement supérieur. Elle est accordée pour une durée déterminée, égale au nombre d’années de formation nécessaires à la préparation du diplôme de ladite filière. Du coup, elle n’est pas acquise et peut être renouvelée selon les mêmes conditions et modalités que l’accréditation initiale. Elle peut également être retirée si l’établissement concerné ne respecte plus les conditions sur la base desquelles elle a été délivrée.

Entre 2016 et mars 2017, l’autorité de tutelle a délivré la reconnaissance des diplômes à 6 universités et 3 établissements, dont l’UIR, l’Université Mohammed VI des sciences de la santé-Casablanca, l’université privée de Marrakech, l’UIC, l’UIA, l’Ecole Centrale Casablanca, l’Ecole supérieure d’architecture de Casablanca et ESCA Ecole de management. D’autres demandes de reconnaissance sont en phase d’étude et viendront élargir l’éventail des universités et établissements reconnus par l’Etat. Cette reconnaissance qui passe généralement par l’accréditation de l’ensemble des filières de formation implique la possibilité aux lauréats des écoles privées d’accéder aux postes de l’administration publique, au même titre que les diplômés des universités publiques. Pour être reconnu, un établissement doit répondre à un cahier des charges très strict qui englobe des critères techniques et pédagogiques. Ainsi, le ministère met l’accent sur l’aspect architectural adéquat, sur l’indépendance de l’établissement et sur la vocation seule et exclusive de la construction aux activités de formation et de recherche. Cela, en plus du respect des critères de sécurité et de salubrité et la mise à disposition des espaces fondamentaux de la vie quotidienne (buvette, restaurant, parking, espaces culturels, infirmerie…). Les critères pédagogiques, eux, concernent la disponibilité permanente d’un quota d’enseignants permanents, le volume horaire annuel réservé, le taux d’encadrement, les cadres administratifs et aussi l’allocation d’un budget spécifique à la recherche scientifique ainsi que la création de structures de recherche.

Le secteur de l’enseignement compte 25 universités au total dont 13 publiques, 6 privées, 5 créées dans le cadre de PPP et Al Akhawayne University. Cela dit, le nombre d’établissements publics est au nombre de 119, réparti entre les sciences juridiques, économiques et sociales, et les lettres et sciences humaines (14 chacune), les sciences et les formations polydisciplinaires (11 chacune), 16 établissements des sciences de l’ingénieur, 13 en technologie, 5 en médecine et pharmacie, 8 écoles normales supérieures… Le secteur privé, lui, compte 204 établissements, dont une part de 54,4% est accaparée par les entités de commerce et de gestion (111), 33,8% par les sciences et techniques (69) et 11,7% par les établissements liés aux sciences de la santé (24). Enfin, le secteur de la formation des cadres répertorie 72 entités. 39 d’entre elles dispensent des formations en sciences et techniques, 17 en pédagogie et 16 en sciences économiques, juridiques, administratives et sociales. L’université publique compte, en son sein, 750130 étudiants pour l’année universitaire 2015-2016. 41% d’entre eux poursuivent leurs études dans les universités des sciences juridiques, économiques et sociales, 28,3% ont opté pour les universités des lettres et sciences humaines et près de 17% ont choisi les universités des sciences. Le reste est partagé entre les sciences et techniques, la médecine et pharmacie, le commerce et gestion, la médecine dentaire… A ce nombre s’ajoutent 38 528 étudiants dans le secteur privé qui optent, à hauteur de 56%, pour des études de commerce et de gestion. 37% s’orientent vers les sciences et techniques au moment où seulement 7% se dirigent vers les sciences de la santé. Par ailleurs, dans le secteur de la formation des cadres, les étudiants sont au nombre de 31 801. Contrairement à l’université publique, les sciences économiques, juridiques et sociales ne captent que 13,5% contre 52,4% pour les sciences et techniques et 34,1% pour la pédagogie.