Enseignement : «La catégorie qui vient vers HEM est issue de la classe moyenne»

Nous réexaminons très régulièrement nos programmes existants à l’aune des besoins et des évolutions du monde économique par le biais de réunions avec ces mêmes professionnels.

Yasmine Benamour
Yasmine BENAMOUR

Que pensez-vous du paysage de l’enseignement supérieur actuel et de celui du privé plus particulièrement?

L’enseignement supérieur privé au Maroc a globalement trouvé sa place. Cependant, sur le plan quantitatif, il n’atteint pas les objectifs qui lui ont été fixés par la COSEF, c’est-à-dire couvrir 20% des effectifs étudiants globaux. Le secteur privé ne représente aujourd’hui qu’environ 5% de ces effectifs. Il existe 2 séries de raisons à cette situation : Des raisons de fond liées au revenu moyen du Marocain. La catégorie qui vient vers notre secteur est essentiellement issue de la classe moyenne et de la classe moyenne supérieure qui n’est pas encore très large au Maroc. Et des raisons liées à la politique générale du pays. Le secteur étant privé, il ne doit naturellement bénéficier d’aucune rente et doit payer ses impôts. Ceci étant, l’aide dont il a besoin est une aide qui concerne d’abord les familles et non le secteur lui-même dans le mesure où l’Etat pourrait développer la solvabilité de la demande par un système de défiscalisation ou de bourses de mérite ; ce qui ne se fait pas encore au Maroc. Notre ministère de tutelle devrait ainsi avoir un triple rôle :

1) Un rôle de garant de la qualité des établissements privés nouvellement créés dans le sens où le cahier des charges relatif à cette création devrait être plus exigeant. A ce propos, nous constatons un phénomène assez paradoxal : les pouvoirs publics parlent parfois de manque d’éthique dans certaines institutions privées, or celles-ci ont peut-être été créées trop facilement… 2) Un rôle de régulateur à travers des institutions réellement indépendantes ; 3) Un rôle d’incitation et d’accompagnement comme je le disais précédemment.

Qu’est-ce qui fait selon vous la particularité de HEM, comparé aux autres écoles privées ?

Je n’aime pas beaucoup les comparaisons. Ce que je peux, en revanche, vous dire, en résumant, c’est que la plus grande particularité de HEM n’est pas forcément palpable dans une belle brochure et c’est son «état d’esprit». Celui-ci englobe des convictions et des valeurs très fortes, un grand sens de l’éthique, beaucoup de sérieux et de transparence, une place primordiale occupée par le développement personnel de l’individu depuis la création de HEM, un esprit d’innovation et de remise en cause permanente qui exige beaucoup d’humilité, un esprit de citoyenneté extrêmement présent, etc. Tout cela est ancré dans l’ADN de notre école et l’avantage, c’est qu’un «état d’esprit» est difficilement copiable… 

Quels sont les nouveautés HEM de cette année en matière d’apport pédagogique ou de nouveaux outils technologiques mis en place?    

Comme la presse a déjà eu l’occasion de le relater l’an dernier, à l’occasion de l’entrée de IFC – Banque Mondiale dans le capital de HEM, nous avons mis en place un plan triennal 2015-2017. L’un des axes de ce plan est relatif au renforcement du modèle pédagogique «Grande Ecole» de HEM. Nos équipes d’ingénierie pédagogique ont ainsi travaillé sur un affinement et une consolidation de notre Programme Grande Ecole au niveau de ses contenus, méthodes et outils pédagogiques et ce, en tenant compte de la demande évolutive du monde de l’entreprise ainsi que des besoins et comportements nouveaux des jeunes générations. Le nouveau programme a été mis en place dès la dernière rentrée 2015 et les résultats semblent être tout à fait positifs. Pour rappel, le renforcement du Programme Grande Ecole de HEM repose sur 4 axes majeurs :

• Le 1er est de faire ressortir, pour chaque cours, les fondamentaux à retenir puisque l’information est aujourd’hui à la portée de tous. Il s’agit donc de ne faire retenir que l’essentiel à l’étudiant et lui permettre de se repérer dans cette masse d’information disponible. Cela évite également l’éventuelle perception de «bourrage de crâne».

• Le 2e axe consiste à injecter systématiquement des séances de «cristallisation» dédiées dans chaque cours pour expliquer et faire assimiler l’essentiel. Ce sont des séances d’échanges, très interactives où l’enseignant confirme avec les étudiants les éléments importants du cours et le pourquoi des choses; cela permet de faire prendre du recul à l’étudiant et le motiver.

• Le 3e axe repose sur le fait de préciser les axes d’approfondissement possibles pour chaque cours. Cela donne la possibilité à l’étudiant de développer son autonomie.

• Enfin, le 4e axe consiste à intégrer du e-learning dans les matières qui s’y prêtent en tant que complément d’apprentissage et surtout pas comme substitut.

Une nouvelle filière vient de voir le jour «Executive Doctorate in Business Administration (DBA)», pouvez-vous nous en parler plus et nous dire pour quelles raisons avez-vu la nécessité de lancer cette formation ?

L’executive DBA est un Doctorat pour les professionnels. Il s’adresse à des managers en activité titulaires d’un MBA (ou équivalent) et qui souhaitent prendre du recul par rapport à leur activité managériale, soutenir et publier une thèse sur un sujet en lien avec leur expérience managériale. Le programme compte un certain nombre de séminaires, un encadrement très rapproché assuré en face-à-face et à distance par les directeurs de thèse. Ce programme a été lancé au Maroc par le Business Science Institute (BSI) qui compte aujourd’hui plus d’une soixantaine de doctorants-managers de plus de vingt nationalités différentes et l’IAE Lyon. HEM est leur partenaire scientifique au Maroc.

Vous avez lancé en partenariat avec IFC, filiale de la Banque Mondiale, une « Université des Métiers » à Tanger. En quoi cela consiste exactement ?

Comme je le disais plus haut, la catégorie qui vient vers HEM Business School est essentiellement issue de la classe moyenne, de la classe moyenne supérieure.  Dans le modèle de la nouvelle université lancée par le Groupe HEM, en partenariat avec IFC- Banque Mondiale et qui s’appelle «Med Université – L’Université des Métiers», le segment visé est la classe moyenne «moins», plus modeste. «Med Université – L’Université des Métiers» représente donc un modèle d’université privée unique au Maroc dans le sens où il vise à démocratiser l’accès à une formation de qualité. Il allie ainsi bon enseignement et accessibilité financière (avec un système de crédit complémentaire) et s’adresse donc aux ménages dont les revenus sont modestes et qui aspirent à faire de bonnes études. Cette université, qui ouvrira dans un 1er temps dans la ville de Tanger une fois l’autorisation du ministère obtenue, vise à former un encadrement intermédiaire (middle management / BAC+3) à des métiers précis en phase avec les besoins économiques de notre Royaume (logistique, industrie, technico-commercial, comptabilité-banque-assurance…). Le modèle est complètement différent de celui de HEM Business School qui, elle, en tant que Grande Ecole, forme des hauts cadres (BAC+5) ; il est donc complémentaire.

Comment fait HEM pour veiller à l’amélioration de la qualité de son enseignement et préserver ses acquis ?

Ceci est une priorité pour nous. Comme je l’ai dit plus haut, l’innovation et la remise en cause continue font partie de «l’état d’esprit» de HEM. A titre d’exemple, nous avons formalisé cette année ce que l’on appelle le «Référentiel de Compétences du Lauréat HEM». C’est une sorte de boussole, en évolution permanente, qui fournit l’objectif vers lequel doivent converger tous nos efforts pour former notre diplômé.

Ce référentiel intègre l’ensemble des compétences visées chez celui-ci, en l’occurrence les «compétences humaines» (incluant le savoir-être d’une part et l’épanouissement personnel d’autre part), les «compétences transversales» (compétences managériales communes à toutes les spécialités, acquises au niveau des cours mais également au niveau des activités para-pédagogiques) et les «compétences dites de spécialité» (liées aux savoirs et aux savoir-faire managériaux relatifs à un métier donné). L’ensemble de ces compétences mobilisent ainsi un certain nombre de ressources de natures différentes qui sont minutieusement définies et pilotées.

La Direction des études du Groupe HEM, en étroite collaboration avec les différents départements pédagogiques des campus HEM, suivent cela minutieusement, bien évidemment toujours en lien avec le monde de l’entreprise.