Vanité des vanités

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

Une apprentie comédienne à qui j’ai demandé ce qui l’a poussée à opter pour ce métier, me lance, sans ambages, cette réponse : «Le besoin de célébrité». C’est concis, précis et surtout révélateur de ce désir de gloire qui consume les Marocains. J’en connais qui ont ramé toute la vie pour y parvenir, perdant en route lucidité, dignité et honorabilité. Certains l’ont connue de manière éphémère et ne s’en sont pas remis, au point de brûler leur vie dans des cuites sans fin ou des trips suicidaires. Car il ne suffit pas de courir après la célébrité pour l’attrapper. C’est plutôt elle qui vous attrappe. Lord Byron racontait : «Un matin, je me suis réveillé célèbre». De toute façon, «Tout le monde peut être célèbre un quart d’heure dans sa vie», comme l’affirmait Andy Warhol. Mais ceux qui ont eu le bonheur d’être touchés par cette grâce, se rendent vite compte qu’elle n’est qu’un miroir aux alouettes. Elle n’est pas grand-chose, déchante Alaa el-Aswany, l’auteur de «Chicago», ajoutant : «Ça veut dire que si vous marchez dans la rue, les gens vous connaissent mais vous, vous ne les connaissez pas». L’humoriste Fred Allen, se tournant en dérision, rapporte qu’il avait fait des pieds et des mains pour être connu, et l’étant devenu, il est forcé de porter des lunettes noires de sorte à ne pas être reconnu. J’aurais aimé avertir la jeune comédienne de l’inanité de son espoir, je n’ai pas osé le faire, préférant la laisser se bercer de douces illusions.