Un Houellebecq fréquentable

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

Une manie bien française me révulse, celle de s’escrimer à faire de toute nouvelle parution de Michel Houellebecq un événement. Plusieurs mois avant sa sortie, le livre monopolise les pages littéraires des journaux, hante les magazines et les revues, se taille la part du lion dans les émissions télévisuelles. Chef-d’œuvre, miracle, génie, le superlatif est de mise, la tactique du coup de poing aussi. Invariablement, le lecteur tombe dans le panneau. Il s’impatiente de pouvoir admirer un joyau sculpté dans une gemme étincelante, imagine des plaisirs sublimes et des sensations extatiques. Mais le propre des romans de Houellebecq est de ne jamais tenir leurs promesses tapageuses. Beaucoup de bruit pour rien, se désole le pauvre lecteur berné. Et de bruit, le récent Houellebecq (sorti le 8 septembre), «La carte et le territoire», en a fait plus que les autres œuvres de l’auteur. Tambour et trompette, cortège de marketing, accompagnant sa venue au monde, déluge de critiques thuriféraires, de quoi susciter la suspicion du dupe que j’ai été plusieurs fois. Je prends le roman, je lis, je n’en reviens pas. «La carte et le territoire», ô divine surprise !, est un bon roman. Il aurait pu être parfait, si l’auteur s’était défait de sa misanthropie pathétique, désencombré de sa fâcheuse habitude d’insérer dans son texte des notices de marques de voitures et des extraits empruntés à l’encyclopédie Wikipédia. Pour le reste, un feu d’artifice d’humour, de sarcasme et de mélancolie, et une description juste comme captivante des milieux de l’art contemporain. Etonnant !