Sahara : Le Maroc change de stratégie

L’intervention de Aziz Akhannouch sur la question, devant l’ONU, est loin d’être passée inaperçue. Elle est le prélude d’un nouveau processus qui se prépare à feu doux.

Dans l’intervention du Chef du gouvernement, mardi devant la 77e Assemblée générale de l’ONU, il y a un passage qui a attiré particulièrement l’attention des observateurs et sans doute de la communauté internationale. Bien sûr, Aziz Akhannouch a réitéré l’engagement du Maroc à parvenir à un règlement politique définitif au conflit autour du Sahara, basé sur le plan d’autonomie, l’appel à l’Algérie lancé par le Conseil de sécurité depuis 2011 pour le recensement et l’enregistrement de la population des camps de Tindouf. Mais c’est surtout la partie où le Chef du gouvernement affirme que l’Algérie «a cédé ses pouvoirs sur cette partie de son territoire à des milices séparatistes armées aux liens avérés et confirmés avec des réseaux terroristes dangereux dans la région du Sahel» qui a interpellé observateurs et analystes. Selon ces derniers, que le Maroc parle désormais, devant l’ONU, du Polisario en tant que milice armée est un prélude pour un processus de classement du Front, ou du moins pour le moment de sa branche armée, en tant qu’organisation terroriste. L’intention est là, il ne reste plus que sa mise en œuvre. Quand ? Selon plusieurs observateurs, cela ne saurait tarder, «à ce stade, ce n’est plus qu’une question de temps», tranche-t-on. Comment ? Une chose est sûre, souligne-t-on, cette initiative ne viendra pas du Maroc, en tout cas pas à titre individuel. «Sinon cela sera considéré comme une forme d’escalade dans ses rapports déjà très tendus avec l’Algérie». L’initiative viendra donc d’un groupe d’Etats, et pourquoi pas d’une organisation régionale. A ce niveau le Royaume n’aura, pour ainsi dire, que l’embarras du choix. Rappelons-nous, il y a une dizaine de jours, les Emirats Arabes Unis, à la tête d’un groupe de 35 pays, a soutenu, devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, la marocanité du Sahara.

Bientôt, le bannissement
Tout récemment, Israël a annoncé son intention d’accompagner l’institutionnalisation du «Forum du Néguev», auquel participe le Maroc. C’est aussi une option. Entre-temps, lors de sa visite au Qatar, le Président égyptien a insisté, à la veille du prochain Sommet arabe, sur l’importance de rétablir certains principes et concepts, «dont l’adhésion au concept de l’État-nation et la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États». Dans un groupement avec l’Egypte et la Jordanie, l’initiative d’inscrire le Polisario sur la liste des organisations terroristes pourrait également venir des pays du Golfe, avec lesquels le Maroc est lié par un partenariat stratégique. On pourrait aussi penser à un groupement formé des Etats ayant ouvert un consulat à Dakhla ou à Laâyoune, que Nasser Bourita a d’ailleurs affirmé avoir l’intention de réunir prochainement dans le cadre d’un forum. La liste n’est pas exhaustive. Cela d’autant que aussi bien le Polisario que l’Algérie ne font que faciliter la tâche au Royaume. Comment ? L’Algérie ayant déjà déclaré un mouvement séparatiste, le MAK et une organisation de l’opposition, le Rachad, comme organisations terroristes. Elle conforte en cela la déclaration finale de la réunion de Marrakech, en mai dernier, de la Coalition anti-Daech qui considère le séparatisme et le terrorisme comme deux faces d’une même médaille. C’est à prendre en compte. De même, depuis novembre 2020, les médias officiels algériens se font échos d’agressions militaires de la milice du Polisario contre le territoire marocain. Cette dernière en est d’ailleurs aujourd’hui au «communiqué militaire N 636», relayé par l’agence officielle algérienne. En plus, bien sûr, des liens et accointances avérés du Polisario avec les groupes terroristes dans la région. Maintenant quelle est la finalité ? Une fois déclaré organisation terroriste, tout pays continuant à armer, financer ou soutenir de n’importe quelle manière ou même de reconnaître le Polisario et sa république fantoche sera considéré comme soutenant le terrorisme. Et c’est le clap de fin.