Nouvelles mœurs linguistiques

Après coup de Mr. Et-Tayeb Houdaifa

Récemment, un quotidien arabophone s’inquiétait de la prospérité vénéneuse du langage prétendu «ordurier». A tort ou à raison ? Là n’est pas la question. Ce dont il convient de prendre acte, c’est l’extension de ce que l’opinion taxe de bas-fonds de la langue marocaine, naguère circonscrits autour de la populace et de la lie de la société, vers des populations pétries de bienséances. Cette inflexion de leur comportement verbal se réfléchit à travers les obscénités proférées dans les stades de football, les échanges lestes devenus monnaie courante au cœur des lieux de convivialité ou les noms d’oiseaux que se donnent réciproquement des automobilistes roulant carrosse. Les chastes oreilles en bourdonnent, les prudes s’en trouvent effarouchés, les pères de la morale promettent aux «malappris» enfer et damnation. Pourtant, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Des mots tels «putasserie» et «prostitution», par exemple, décrivent bel et bien une même réalité, et si le premier est disqualifié comme inconvenant, c’est uniquement par pure convention arbitraire. En outre, ces dénominations, dites de mauvaise vie sont souvent plus plaisantes, plus imagées et plus suggestives que celles qui n’offensent pas la pudeur. «Nhoud» (nichons) rend davantage justice à la grâce féminine que le bourratif «bzazel» (mamelles) ou l’anatomique «sder» (poitrine). Nouveaux temps, nouvelles mœurs linguistiques. Ailleurs, celles-ci ne sont pas répandues seulement parmi la masse des usagers, mais s’étendent à la gent littéraire (Michel Houellebecq, Christine Angot, Virginie Despentes…) et même à la sphère politique. Hugo Chavez partage l’humanité en deux : ceux qui en ont, ses partisans et ses alliés, et ceux qui n’en ont pas, tous les autres. Silvio Berlusconi se vante devant ses courtisans de la consistance de ses attributs, et Nicolas Sarkozy traite ceux qui lui déplaisent de «cons», terme qui désigne crûment le sexe de la femme. Alors, puisque…