Mensonge non pieux

Vous vous rappelez le caricaturiste danois désigné à la vindicte musulmane pour outrage à l’Islam ? Vous l’imaginez sûrement terré dans un trou secret, la peur au ventre et les esgourdes aux aguets; eh bien, il vient de refaire surface, si l’on ose dire. Non pas en croquant, à nouveau, des portraits bêtes et méchants du Prophète, mais par le truchement d’une lettre distribuée généreusement aux passants casablancais. Son auteur anonyme, tenez-vous bien, affirme péremptoirement que, contrairement à ce que prétendent les infidèles, le sacrilège n’a pas échappé au châtiment divin. Il aurait péri, lui et ses proches dans un incendie ! Et si la «bonne» nouvelle n’a pas été répandue, ce serait par omission délibérée de la part de l’Etat danois. Il appartient aux croyants, poursuit la lettre, de déjouer un tel complot du silence, en propageant l’écho triomphal. Cet acte pieux leur vaudrait la bénédiction du Prophète, lequel serait apparu en rêve à un certain docteur Abdallah Mostafa, l’assurant de sa grâce. Encore mieux, ils auraient les mains pleines, si l’on ajoute foi à une vision dont aurait eu le miracle une Palestinienne, d’après laquelle tout musulman qui accomplirait ce devoir sacré se verrait récompensé d’une immense joie quatre jours plus tard. Ils étaient nombreux ceux qui ont cru aux promesses de la fameuse lettre. Le Ciel ne leur ayant pas dispensé la manne espérée, ils ont fini par se convaincre que cette histoire de mort par le feu du caricaturiste danois est cousue de fil blanc. Mais à quoi rime ce mensonge, qui n’a rien de pieux ?