Les petits oublis de Jean-Daniel

il se sert d’un dossier de presse périmé

La communication est l’antinomie de l’information, affirme judicieusement Hubert Beuve-Méry, fondateur du quotidien Le Monde et journaliste rayonnant en son temps. Elle étouffe les rédacteurs sous une production pléthorique, des tentatives de séduction répétées. L’un de ses médias privilégiés demeure l’inévitable dossier de presse, tissé de fleurs de rhétorique dithyrambique. Les journalistes consciencieux jusqu’au scrupule se font un devoir d’en passer à l’étamine les éléments informatifs ; les autres, par paresse ou facilité, en meublent leurs colonnes sans changer un iota ; les plus madrés en reprennent la substance, saupoudrée d’ingrédients formels de leur cru. Ce dernier artifice est tellement répandu qu’il porte le nom de «kefta», en référence à un plat qui fond dans la bouche. Au reste, la métaphore culinaire est souvent convoquée dans nos sphères médiatiques. A titre d’exemple, si pour avoir servi sa «kefta», le journaliste obtient une récompense, on
dit qu’il a été gratifié d’une «marqa», littéralement «sauce». De «kefta» et de sauces, Jean Daniel, directeur du Nouvel Observateur, a été comblé pendant le Festival des Andalousies Atlantiques.
Tant d’égards pour sa personne mériteraient bien
un compliment dans son éditorial, s’est-il dit. Mais serait-ce l’effet de son grand âge ?-bien qu’ayant été aux premières loges, il n’avait plus que de vagues souvenirs de ce qui s’était passé au Festival. Alors, négligeant l’enseignement de maître Hubert, il s’est précipité, comme n’importe quel banal journaliste sur le dossier de presse. Par malheur, c’était celui de 2004. Et l’on peut lire à la page 19 du numéro 2133 du Nouvel Observateur, entre autres inexactitudes, qu’un hommage a été rendu à Essaouira au compositeur Haïm Zafrani. En fait, il s’agissait de Salim Halali. Un bleu n’aurait pas commis cette énormité.