Le poids de l’habit religieux

La chronique de Hinde Taarji intitulée «Les musulmans et le doute philosophique», parue dans La Vie éco du 12 décembre, incite à s’interroger sur le poids de l’habit religieux dans l’imaginaire collectif et ce, d’un double point de vue : en tant que ferment de l’enthousiasme social et en tant que facteur de blocage de l’entendement individuel et collectif des musulmans.
Le jeu de cette échelle graduée des facteurs est formalisé par Mme Taarji en une logique phénoménologique, sociologiquement et psychologiquement simplifiée, puisque décrite sur la base de ce que l’auteur peut voir dans l’expression de son personnage, chauffeur de taxi, et qui se résume à ceci : «Matan mchiou ghir fin tay machina Allah». Cette «pensée» montre, selon l’auteur, deux choses : les aspects fatalistes au niveau des comportements, et la certitude qui arme les esprits croyants-naïfs-convaincus, bloquant leur «développement économique et humain».
L’expression proposée, qui ponctue la conversation arabe courante, mériterait d’être approfondie. Une définition réelle des faits religieux serait précieuse à cet égard – sans a priori refuser d’admettre que la certitude, déclarée ou ressentie, peut être un atout stratégique au profit des individus tourmentés par la double quête : celle du sens (de l’Au-delà) et celle de l’existence en soi (de l’en deçà). La mesure des écarts entre les deux quêtes (l’être et l’avoir) permettrait de déceler en partie pourquoi les individus – même croyants fervents – sont contraints à une pensée de doute ou de confrontation, dans la mesure où ils ne sont jamais à l’abri d’une crise, même légère. De ceci découle cela : les attitudes fréquemment adoptées vis-à-vis de chaque crise constituent-elles en soi un facteur qui reproduit ce retour perpétuel à la certitude de la foi ou de la non-foi ?

Abdelouahed Berrichi Enseignant-chercheur Faculté de droit – Fès