La peur au ventre

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

Dans une chronique parue récemment dans «Le Monde», Nancy Houston s’attache à prouver que la peur est constitutive de l’humain. On aurait aimé pouvoir révoquer en doute cette thèse développée par l’écrivaine canadienne, mais elle s’impose à l’esprit, tant le réel abondamment la conforte. Observez notre société ! Bien que nous nous voilions la face, refusions de l’admettre, parce que cela nous fait honte, la peur y est omniprésente. Si omniprésente en nous que nous négligeons d’en tenir compte. Les jeunes sont effrayés par l’avenir, et expriment leur panique, brutalement parfois, dans les enceintes des stades, les cours de récréation et même dans leur classe. De crainte de ne pas se faire respecter de leurs élèves, les enseignants les tyrannisent sans scrupules ou cherchent le moindre prétexte pour ne pas avoir à les affronter. Par peur de ne pas avoir de l’ascendant sur leurs légitimes, certains maris se croient obligés de les maltraiter. Elles, elles se vengent sur leurs fils qui, à leur tour, se font un plaisir de dérouiller leurs sœurs, lesquelles, ainsi, grandiront dans la détestation profonde du genre masculin. Les piétons franchissent la chaussée les pieds cloués par la peur de se faire écraser ; les travailleurs sont habités par la trouille de perdre leur travail, les privilégiés de devoir, un jour, renoncer à leurs privilèges, les nouveaux riches de retourner à l’état de pauvreté. Bref, nous sommes constamment en proie à la peur, qui nous glace, fige, pétrifie, ce qui explique notre inertie… mais ne la justifie pas.