Hypocrisie et manque de courage

les routes tuent toujours autant

«Oui, pour subvenir aux besoins de ma famille, il m’arrive d’accepter de conduire un autocar tout en sachant que son système de freinage est défectueux et je n’ai pas le choix». C’est ce qu’a déclaré en substance un chauffeur d’autocar devant une caméra de télévision au lendemain de l’accident de la route qui a coûté la vie à plusieurs personnes près de Benguérir. Une telle déclaration exprime bien l’état de délabrement dans lequel évolue le transport public de voyageurs, un secteur fondé sur le système des agréments qu’aucun gouvernement à ce jour n’a osé réformer… Bien sûr, il y a l’inconscience des chauffeurs, souvent coupables d’excès de vitesse, et celle des transporteurs qui ne pensent qu’à remplir leur caisse. Bien sûr aussi, il y a le laxisme des contrôleurs routiers, le manque de sérieux des centres de visite technique et la corruption qui permet de fermer les yeux sur les tas de ferraille qui circulent sur nos routes. Mais il y a, à l’origine, un métier qui n’est réglementé par aucun critère professionnel. Pour devenir transporteur, il suffit de trouver un agrément à louer – et il y en a plus de 3 000 en circulation -, d’acheter un autocar en leasing, de trouver un chauffeur devant la gare routière, et c’est parti pour la course à la recette sur des axes routiers saturés.

A l’exception des quelques grandes sociétés organisées, la plupart des autocars qui circulent sur les routes appartiennent à des individus, et, pour tout dire, rares sont les entreprises qui ont une taille critique pour pouvoir supporter les frais d’exploitation et d’entretien d’un parc et employer un personnel stable et responsable. Alors, il ne faut pas s’étonner que les accidents graves se succèdent.