Dérive des médias

Après coup de Mr. Et-Tayeb Houdaifa.

Le Maroc par-ci, le Maroc par-là. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un périodique occidental n’y aille de son couplet sur le présent marocain. Même ceux qui, d’habitude, rechignent à sacrifier aux modes et tendances médiatiques, tel le magazine «Marianne», se laissent attraper, en fin de compte, au miel des séductions exercées par le Maroc nouveau. N’y aurait-il pas lieu de s’enorgueillir de ce que notre pays, si modeste à l’échelle planétaire, puisse aimanter la presse de nations fortes ? La réponse serait indiscutablement affirmative si un pareil embrasement était juste et généreux. Il s’en faut de beaucoup pour qu’il le soit, ainsi que le mettrait en évidence un examen tant soit peu approfondi du discours médiatique ayant trait au Maroc. Un discours qui, d’emblée, frappe par sa saisissante homogénéité. Or, l’homogénéité est forcément simplificatrice, réductrice, déformante, surtout quand elle se trouve, comme ici, sous-tendue par des poncifs éminemment pervers. On peut résumer la thématique médiatique du présent marocain en trois points principaux : la fulgurante libération de la parole, qui avait marqué le début du règne de Mohammed VI, ne serait plus qu’un heureux souvenir ; plutôt que de réduire la fracture sociale comme promis, l’Etat favoriserait l’exclusion ; étant récupéré par un islamisme radical extrêmement influent, le désespoir flamberait un jour proche. Purs fantasmes au regard de la réalité, mais qui font vendre, et c’est là leur but honteux.