Atmosphère, atmosphère

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

Y a plus de Ramadan. Si vous ne m’en croyez pas, vous n’avez qu’à observer le comportement des jeûneurs, vous admettrez qu’ils n’en ont pas l’air. Naguère, il était de bon ton d’arborer une figure d’enterrement et un teint cadavérique, histoire de montrer au Ciel que l’abstinence relève du supplice, et partant, mérite récompense céleste. Aujourd’hui, les jeûneurs affichent une mine resplendissante. Ils sont fringants, affables et souriants. C’est à n’y rien comprendre. Pour ma part, sans doute parce que j’appartiens à l’ancienne génération, je les soupçonne de bluff. Car, convenez-en, comment peut-on raisonnablement solliciter sa bouche (pour un sourire) alors qu’on a les crocs ? Il semble révolu le temps où Ramadan apportait son lot d’attractions : le fumeur invétéré en manque de nicotine qui entrait dans une rage folle aussitôt qu’un facétieux lui lançait l’impératif «Allume !»; les prises de bec, pour un rien, entre quidams, qui tournaient invariablement aux rixes; les maris aimants rossant scrupuleusement leurs épouses bien-aimées, lesquelles se vengeaient sur leurs chers marmots. Quel ramdam ! Nous guettions ces réjouissances, et au besoin les provoquions, tant elles nous permettaient de tromper notre faim. Il faut avouer que nous nous amusions. Surtout dans ces parties de football disputées avant le «ftour». Comme nous avions l’estomac dans les talons, nous rations souvent le ballon, pour atteindre le tibia de l’adversaire. Et d’incident en incident, le match finissait en bataille rangée. De nos jours, Ramadan semble adoucir les mœurs. Le vivre-ensemble y trouve son avantage, mais l’ambiance y perd. Y a plus de joie.