Ados à  la dérive

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

Dans cette ruelle de Derb Lkabir, à Casablanca, un attroupement. Un adolescent est pris à partie par ses voisins, pour avoir osé lever la main sur sa mère. Il voulait voir le match Italie-Paraguay au café du coin ; elle lui a refusé ce plaisir. L’acte est impardonnable, naguère impensable. Il donne à réfléchir. Les mères, comme on peut le constater, ne prodiguent plus tout à fait les mêmes soins qu’autrefois à leurs enfants. Leur conduite se rapproche de la conduite paternelle. Du point de vue social, ce devrait être positif. Le père n’est plus le guerrier, celui qui porte le fusil, et la mère n’est plus l’esclave. Mais, sur l’avenir psychique des enfants, les conséquences sont difficiles à évaluer. En outre, même quand les mères travaillent, les pères leur laissent toujours une place prédominante le soir, et le père est encore plus absent. Il ne s’agit pas seulement d’une absence physique. Ce qui est grave, c’est l’absence de projet éducatif. Les parents ne savent plus que transmettre à leurs enfants. Ces derniers doivent donc se débrouiller seuls pour se forger des valeurs. Au moment de la puberté, quand ils se détachent de leurs géniteurs, ils risquent de s’effondrer, parce qu’ils ne disposent pas d’images parentales suffisamment solides pour se construire. Le gosse frappeur est apparemment équilibré. Rien ne laissait supposer qu’un jour il agresserait celle à qui il doit le jour. Pourtant, il l’a fait. A l’âge où les enfants remettent en question l’éducation reçue. Mais comme il en a été sevré, il a versé dans la violence, à défaut de s’opposer à des valeurs inculquées, pour se construire.