Abdelkrim Khattabi versus Améziane

L’ironie de l’histoire a voulu que plusieurs dizaines d’années après leurs décès respectifs, Abdelkrim Khattabi, icône de la résistance rifaine, et le maréchal Ameziane, ex-bras droit du général Franco, soient tous les deux «en guerre».

De quoi s’agit-il exactement ? L’inauguration en grande pompe, près de Nador, d’un musée à la mémoire du maréchal Ameziane a réveillé la colère des habitants qui avaient contesté la décision des autorités locales de refuser l’implantation d’un musée similaire à Ajdir, entièrement dédié à El Khattabi. Lettres de protestations et sit-in ont ainsi marqué l’actualité politique et associative de la région ces derniers jours. «Nous n’arrivons pas à assimiler les raisons pour lesquelles on nous refuse de rendre hommage, comme il se doit, à une légende de la lutte contre les Espagnols et un combattant qui a tant donné pour voir son pays libéré du joug de la colonisation», s’insurge ce militant associatif. En attendant, «Lfoussina» (officina en espagnol), ce lieu hautement symbolique pour la région du Rif, puisqu’il a abrité, durant de nombreuses années, le quartier général du résistant Abdelkrim El Khattabi, édifice tombant en ruine, continue de témoigner, malgré les séquelles des décennies, des événements qu’il a fièrement abrités.