Y a-t-il un pilote à  bord ?

En huit jours de grève
des pilotes, l’Etat est resté étrangement absent…

Acombien se chiffrent les coûts financiers que Royal Air Maroc a dû supporter en huit jours de grève de ses pilotes ? 12 millions de DH. Et ce à supposer que la grève a effectivement pris fin ce vendredi 4 juin, comme il était prévu.
Combien de passagers ont dû passer la nuit loin de chez eux ? Combien d’autres ont raté un rendez-vous, une correspondance, une opportunité, parce que leurs vols ont été soit retardés de plusieurs heures soit simplement annulés à la dernière minute ? Personne n’a pu nous donner de chiffre précis mais les témoignages abondent.
Quel a été l’impact de cette grève sur le tourisme dont c’est actuellement la haute saison ? Pour ne prendre qu’un exemple, le Festival des musiques sacrées de Fès, qui ne contribue pas peu à l’image du Maroc en accueillant des personnalités étrangères de haut calibre, a connu moult désagréments.
Tout cela pour dire que la grève des pilotes de la principale compagnie aérienne d’un pays n’est pas un événement banal. On ne peut pas se permettre de laisser faire en attendant que l’un des deux protagonistes du bras de fer s’essouffle.
Pourtant, il a fallu attendre le sixième jour de grève pour qu’un responsable gouvernemental s’exprime vaguement sur le sujet lors d’un journal télévisé, alors que la RAM, toute S.A. qu’elle soit, est une compagnie étatique dont l’activité relève d’un service public. Il a fallu attendre 24 heures de plus pour que des négociations soient enfin engagées entre les grévistes et les responsables de la compagnie.
Les discussions ont échoué, la grève s’est poursuivie et l’Etat n’a pas davantage ressenti le besoin d’intervenir.
Vu la dimension du conflit et ses conséquences, la logique voulait que, dès le déclenchement de la grève, on entame les négociations et que le gouvernement soit présent en force. Des grèves, la RAM en a connu par le passé et, chaque fois, dans les heures qui ont suivi, des responsables gouvernementaux sont intervenus pour proposer leurs bons offices. Il est même arrivé que des réunions soient tenues au milieu de la nuit pour circonscrire le problème. Pourquoi n’est-ce pas le cas aujourd’hui ? Que fait le gouvernement ?
Au-delà, une solution globale doit être apportée aux problèmes de la RAM qui sont plus profonds. Entre les contraintes d’un monopole qui s’effrite, l’obligeant à déployer des trésors d’imagination pour maintenir sa rentabilité, et son statut d’entreprise-providence qui pèsent sur ses marges, jusqu’à quand la RAM et son modèle économique tiendront-ils le coup ?