Vive l’informel…

Si être en règle et transparent avec l’administration est synonyme uniquement de taxation et rien d’autre, alors vive l’informel…

Le gouvernement a décidé de se pencher sur le dossier des retraites. Il était temps mais il n’est pas sûr que l’on soit sur la bonne voie. Car à ce jour, ce dont on parle surtout c’est de cosmétique et de «mesurettes» pour repousser l’arrivée du déficit. C’est tout ! Le relèvement de l’âge de départ en retraite et des taux de cotisation, ou encore la réduction des pensions ne sont que des ajustements dits paramétriques qui ne régleront pas de manière durable le problème. C’est exactement comme un médecin qui prescrirait des médicaments pour traiter les symptômes d’une maladie au lieu de la maladie elle-même.

Le vrai problème des caisses de retraite au Maroc, qui est pourtant flagrant mais que personne ne veut vraiment voir, est d’ordre démographique : le nombre d’actifs cotisants ne suffit plus à couvrir le nombre de personnes qui perçoivent des pensions de retraite. Un petit comptage simple et rapide pour s’en convaincre. La population active au Maroc compte aujourd’hui quelque 10,5 millions de personnes. 2,5 millions cotisent à la CNSS, 280 000 à la CIMR et environ 900 000 à la Caisse marocaine de retraites dédiée à la fonction publique. En tout donc, le nombre de cotisants, toutes caisses confondues, est de 3,7 millions. Si on laisse de côté les 2 millions d’actifs qui exercent un travail sans rémunération, on se retrouve donc avec pratiquement 5 millions d’actifs qui sont dans la nature et que nous continuons de vouloir ignorer. C’est de là que provient le déséquilibre et c’est de là que doivent venir les solutions durables au problème des retraites. Au lieu de s’y attaquer, nos décideurs ont préféré un traitement superficiel aux résultats temporaires.

Nos décideurs ne réalisent pas, par exemple, qu’en relevant l’âge de départ à la retraite à 65 ans, ils risquent de pénaliser les entreprises. Car, avec un salaire élevé en fin de carrière, on a un rendement et une productivité certainement inférieurs, sachant qu’avec le même niveau de salaire, une entreprise peut avoir trois ou quatre jeunes diplômés. En même temps, retenir les vieux jusqu’à 65 ans revient à limiter les opportunités d’emplois pour les jeunes.
In fine, comme pour la grande trouvaille du Fonds de solidarité, c’est encore une fois la même démarche qui est adoptée, à savoir cette incorrigible recherche de la facilité en faisant payer toujours les mêmes. Les salariés qui sont identifiés et qui cotisent déjà doivent payer plus et se sacrifier encore plus ; une entreprise qui déclare déjà son personnel doit supporter plus de charges. Si être en règle et transparent avec l’administration est synonyme uniquement de taxation et rien d’autre, alors vive l’informel….