Vive la RAM… et après ?

Face à  un environnement hyper concurrentiel que l’Etat a lui-même créé, la RAM risque de mourir à  petit feu. Imagine-t-on un jour le ciel marocain être totalement dépendant de compagnies étrangères qui plieraient bagage sans états d’à¢me ?

Dans un geste très apprécié par le monde touristique, la compagnie nationale Royal Air Maroc, après la réouverture de l’espace aérien européen, bloqué pendant plusieurs jours par un nuage de cendres volcaniques, a pris la décision, il y a deux semaines, de transporter gratuitement tous les passagers étrangers, abandonnés par les compagnies low cost et restés en rade au Maroc. Si la décision a été saluée par le gouvernement en la personne du ministre du transport, il n’empêche que la note a été salée. Entre frais occasionnés par le transport des clients des autres compagnies et manque à gagner en chiffre d’affaires pour les vols non opérés, le solde du compte d’exploitation de la RAM se voit amputé de 115 MDH. Qui va payer la facture ? La compagnie aérienne elle-même. Faisons le parallèle. L’Union européenne, pour les mêmes circonstances de blocage de l’espace aérien, a autorisé des aides exceptionnelles aux compagnies aériennes pour les pertes qu’elles ont subies.

Cette générosité de la RAM aurait normalement dû être supportée par l’Etat et bien plus. Aujourd’hui, et plus que jamais, le gouvernement doit se pencher sur l’avenir de cette compagnie étatique qui risque tout simplement de disparaître dans un environnement trop concurrentiel que le Maroc à délibérément créé. Au titre de l’exercice écoulé, la RAM a accusé un déficit de 850 MDH, dont une bonne partie est imputable à des éléments conjoncturels ou non-récurrents (Air Sénégal international, coût du carburant, grève des pilotes), mais au cours de la même année aussi elle a cédé du terrain face à l’arrivée des low cost. Même avec une hausse de trafic espérée cette année, ses marges sont en train de rétrécir.

On pourrait à la limite tenir le raisonnement suivant : le ciel marocain étant suffisamment irrigué par les compagnies étrangères, le problème de la viabilité de la RAM devient mineur. Ce serait faire fi du passé récent. En 2001, lors des attentats du 11 Septembre, beaucoup de compagnies desservant le Royaume avaient soit réduit leur voilure, soit carrément suspendu leurs liaisons pendant quelques semaines. Imagine-t-on dans ce cas le ciel marocain dépendant de compagnies étrangères, à plus forte raison les low cost, au risque d’être un jour coupé du monde ?

Imagine-t-on la fermeture de la quasi-totalité des lignes intérieures, parce que non rentables ? Bien sûr, personne n’accepterait cela, et pourtant c’est ce qui risque de se passer. Le Maroc a besoin d’un pavillon national aérien. Il doit se donner les moyens de sauvegarder un des éléments de sa souveraineté.