Vendeurs de chimères

Les éléments du package social promis au citoyen se vident de leur substance faute de moyens ? Etre crédible, c’est aussi avouer ses faiblesses.

Petit à petit, les éléments du package social promis aux citoyens par le gouvernement au cours des trois dernières années se vident de leur substance. L’Assurance maladie obligatoire ? elle ne pourra être mise en place que de manière progressive, probablement pas avant la fin de l’année 2005 et, dans un premier temps, elle ne couvrira que quelques pathologies graves et une partie de la population salariée ou retraitée. Le Régime d’assistance aux économiquement démunis (Ramed) ? il est pratiquement irréalisable, alors que l’on n’arrive déjà pas à couvrir correctement ceux qui travaillent… L’Indemnité pour perte d’emploi (IPE) ? qui va payer la cotisation des salariés? Peut-on vivre avec un Smig en attendant de se recaser ailleurs ?
On a manifestement visé trop haut par rapport à nos moyens. Soit par calcul politique, soit encore pour faire plaisir aux syndicats.
Pourtant, ceux qui sont en charge de ces dossiers savent. En privé, certains responsables gouvernementaux vous confieront que l’Etat n’a pas les moyens : ni pour assurer l’AMO telle que prévu initialement par un gouvernement Youssoufi socialiste qui voulait marquer sa sortie par un coup d’éclat, ni pour assurer une IPE qui viendrait soit diminuer des salaires déjà bas, soit alourdir un budget qui digère mal les augmentations de salaires des fonctionnaires.
Mais quand il s’agit de répondre officiellement, le langage est différent et l’on a des déclarations du genre : «Oui, l’Amo sera maintenue, et nous seront dans les délais», «L’IPE ? bien évidemment, les scénarios sont à l’étude, mais le projet existe bel et bien et il verra le jour», «Le Ramed ? Mais non, il n’est pas tombé à l’eau, qui vous a dit cela ?»
De toutes ces promesses irréalisables, le citoyen n’a rien demandé. On lui a vendu du rêve et on n’ose pas le réveiller. Plus on tarde à lui avouer que ce sont des vessies qu’il prend pour des lanternes, plus le risque de voir sa déception se transformer en contestation sociale est grand. Pour peu que les syndicats fassent du zèle, on fera alors d’autres promesses, tout aussi irréalisables et, dans cinq ans, ce sera de nouveau la désillusion.
Pourquoi s’obstine-t-on dans cette fuite en avant ? Par crainte de voir la crédibilité de l’Etat entamée ? Elle le sera davantage si le citoyen découvre qu’on l’a berné. La crédibilité se construit aussi bien sur ses forces que sur le courage d’avouer ses faiblesses. Nous n’avons pas les moyens ? disons-le haut et fort. Quand l’Etat se décidera-t-il enfin à assumer ?