Valeurs sûres

L’opinion française est visiblement émue après l’annonce du rachat d’Alstom par des étrangers, probablement l’américain General Electric, à  tel point que même le gouvernement Valls en fait une affaire nationale.

C’est que le géant Alstom est un des derniers fleurons de l’industrie française. Et tout comme Peugeot, passé il y a quelques mois dans le giron de capitaux chinois, avait fait l’effet d’un séisme, la perte d’Alstom est synonyme de défaite ou plutôt de faillite. Faillite du style de management, des politiques publiques et, de manière globale, du modèle français. Celui-là même, soit dit en passant, que certains au Maroc s’entêtent encore à vouloir considérer comme source d’inspiration.

Mais au-delà des réactions et réflexions que ce cas peut susciter quant au modèle, on peut se demander pourquoi un pays fort comme la France avec une économie mondialisée depuis longtemps et ouverte sur les capitaux étrangers se sent déstabilisé à ce point par l’annonce du rachat d’une entreprise privée, surtout que cela ne remet en question ni la continuité de l’activité ni le maintien des emplois.

En fait, il ne s’agit pas seulement d’un enjeu au niveau de la symbolique dans le sens où des noms comme Peugeot, Renault, Alstom, Total ou autres, bien que détenus par des privés, incarnent la puissance de l’industrie et de l’économie françaises au même titre que Mercedes, Volkswagen pour l’Allemagne, par exemple.

Ces mastodontes, en plus du rayonnement qu’ils véhiculent pour le savoir-faire du pays, sont devenus, par leur taille et leur renommée, des pièces maîtresses qui pèsent lourd dans la politique étrangère française.  

C’est dire combien les enjeux que représentent des champions nationaux pour une économie sont importants. Aujourd’hui, le Maroc,  dans le cadre de son nouveau positionnement sur le continent africain, s’appuie en grande partie sur des champions nationaux qui, en plus d’être la vitrine du savoir-faire marocain à l’étranger, jouent le rôle de pionniers et de locomotives pour tout le secteur privé. Au passage, ces champions nationaux, tout en créant des richesses et des emplois dans les pays où ils s’implantent, en font autant ici même au Maroc. D’où l’importance, pour les décideurs publics, de les conforter et de les appuyer.
L’autre enseignement qu’on pourrait tirer du cas Alstom est que dans une économie, aussi ouverte et aussi mondialisée qu’elle soit, le secteur privé national et l’investissement local constituent la véritable valeur sûre. Certes, au Maroc, les investissements étrangers constituent depuis des années une fabuleuse source de croissance qu’il faudra maintenir et développer dans les années à venir. Mais ils ne peuvent en aucun cas constituer le moteur principal de notre économie…