Urgence

Le Maroc compte 1,1 million de diplômés chômeurs. Quel marché va absorber cette génération qui aspire à travailler, fonder un foyer, réussir dans la vie ? Il y a urgence. L’emploi, l’emploi et encore l’emploi,
telle devrait être la priorité de la nation au cours
des prochaines années.

Depuis le 9 juin, et durant trois jours, ce sont plus de 266 000 candidats, soit près d’un Marocain sur 100, qui se dirigeront vers les lycées pour passer le fameux examen du baccalauréat. Chaque année ils sont de plus en plus nombreux. En 2003, ils étaient 194 000 ; en 2004, 213 000. Combien passeront le cap ? En se basant sur la moyenne des trois dernières années, ce sont près de 100 000 bacheliers qui, cette année, viendront grossir les effectifs de l’enseignement supérieur. Combien décrocheront leur licence ? La question n’est pas aussi importante que celle de savoir combien décrocheront un emploi. Certes, avec la réforme de l’enseignement, l’instauration de filières de licence appliquée a permis de mettre en place des cursus professionnalisants. Une aubaine pour ceux, nombreux, qui avaient choisi des filières telles que biologie, géologie et autre géographie. Il sont plus aptes à être opérationnels sur le marché du travail. Ont-ils plus de chances de travailler pour autant ?
La réponse n’est pas affirmative. A fin 2004, le Maroc comptait 1,1 million de diplômés chômeurs. Parmi eux, et rien qu’en milieu urbain, 325 000 disposent d’un diplôme de l’enseignement supérieur. En un an, leur nombre a crû de 23 000. Quel marché va absorber toute cette génération qui aspire à travailler, fonder un foyer, réussir dans la vie ?
Cette pression va aller en augmentant. Si le taux de croissance démographique de la population est de 1,4%, celui de la population active est de 3% et celui des diplômés, efforts de scolarisation aidant, est nettement supérieur.
Il y a donc urgence. Urgence à créer de l’emploi. Et pour cela deux voies existent. La première est de mettre en place des incitations fiscales et réglementaires réellement attractives pour que ces milliers de PME sous-encadrées se mettent à recruter. Avec des charges sociales de 30%, l’entreprise réfléchit toujours deux fois avant de franchir le pas.
La seconde voie est celle de la croissance, pourvoyeuse de postes de travail supplémentaires. Au cours des quatres dernières années, son taux s’est établi à 4% de moyenne. Nettement mieux que la décennie 1990, mais très insuffisant.
Au même titre que la lutte contre la pauvreté ou le social, l’emploi doit devenir une priorité nationale. Le chômage et l’oisiveté sont porteurs de tous les extrémismes