Une réforme qui a vieilli

Cela fait sept ans qu’on parle de la réforme des retraites et aujourd’hui il y a urgence. Le risque est de voir le gouvernement, en période pré-électorale, refiler la patate chaude à  son successeur…

Ce vendredi 17 septembre, la commission technique en charge du dossier de la réforme des retraites achèvera un travail entamé depuis bientôt quatre ans : celui de proposer un nouveau schéma pour un système permettant de repousser au maximum le moment où les caisses de retraites n’auront plus de quoi payer l’intégralité des pensions qu’elles doivent. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la question des retraites n’est jamais résolue définitivement. On réforme toujours pour se donner un délai supplémentaire et, le plus souvent, les Etats mettent la main à la poche, dans un monde où les sexagénaires seront de plus en plus nombreux à l’avenir.

Ce qui est sûr, plus on tarde à réformer, plus le coût du changement devient élevé. Un exemple, très simple, nous vient de notre Caisse marocaine des retraites (CMR), menacée de faillite d’ici 10 ans. Ses affiliés cotisent aujourd’hui à hauteur de 20% du salaire, pour leur future retraite. Pour sauvegarder l’équilibre du régime, il aurait fallu que les salariés déboursent à l’heure actuelle 54% de leur salaire alors que si ce taux avait été porté à 30% depuis 2003 seulement, le déséquilibre aurait pu être évité. C’est dire l’urgence.

Or, la question de la réforme des retraites dure … depuis ce fameux jour de décembre 2003, où Driss Jettou avait organisé un colloque sur le sujet et mis en place une commission en charge du dossier. Depuis, entre frilosité politique, études et contre-études, sept ans se sont écoulés et l’on espère que le gouvernement de Abbas El Fassi, qui visiblement est déjà entré en période pré-électorale, aura le courage politique de fixer un calendrier de concrétisation -qui intègre un débat national- et de s’y tenir avant le terme de son mandat ; ce que le gouvernement de Jettou n’a pas osé achever. Sinon, c’est reparti pour quelques années, un retard que le Maroc ne peut plus se permettre. Il y a quatre ans, le Maroc comptait 2,4 millions de personnes âgées de 60 ans et plus. Dans une vingtaine d’années, elles seront 5,8 millions et leur espérance de vie (actuellement de 71 ans) aura augmenté de quelques années. En 2030, les plus de 60 ans constitueront le sixième de la population du Maroc.

Faut-il attendre davantage ? En Europe, la plupart des pays ont, entre autres paramètres modifiés, relevé l’âge du départ légal à la retraite à 65 ans et il sera même, en moyenne, de 67 ans d’ici 2020. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour ne pas hypothéquer l’avenir du Maroc de demain.