Une question de long terme

Faut-il reporter les élections de la CGEM ? Telle est la question que posent aujourd’hui plusieurs de ses adhérents, à  la lumière des perturbations qu’a connues la confédération.

Faut-il reporter les élections de la CGEM ? Telle est la question que posent aujourd’hui plusieurs de ses adhérents, à la lumière des perturbations qu’a connues la confédération.  Il nous semble que la question trouve sa réponse dans les effets du scénario inverse. Que gagnerait-on à mener, jusqu’au bout, les élections avec  le scénario actuel, celui d’une candidature unique, et dont l’un des acteurs est taxé de représentant officieux du groupe privé le plus puissant du pays ?
En fait, il s’agit à la fois d’un problème de personnes et de normes.
Sauf preuve contraire, nous ne mettrons pas en doute la bonne foi du groupe Ona qui, voulant favoriser la pluralité, a nommé l’un des candidats dirigeant d’une de ses filiales (voir cet article) . La démarche est légale et légitime. Mais entre la volonté et la perception, il y a un fossé. Aussi pures ses intentions soient-elles, Ona n’est pas n’importe quel groupe : tout acte de sa part est, aujourd’hui encore, interprété comme l’expression d’une volonté du pouvoir. L’accès à la présidence de la CGEM d’une personne considérée comme proche d’Ona présente à ce titre un double risque : pour la confédération, celui d’avoir un président décrédibilisé, car paraissant non indépendant, et de voir des clans émerger ; pour Ona, celui d’être accusé d’avoir fait main basse sur le patronat.
Ensuite, se pose la question de la pluralité des candidatures. A moins d’un retournement de situation, lors du conseil d’administration prévu  samedi 16 mai, un seul tandem sera candidat aux élections. En somme, tout ce processus visant à mettre en selle une deuxième candidature, et qui aura semé trouble et mécontentement, se sera soldé par un retour au point de départ : une candidature, avec des hommes certes différents, mais une seule. Personne donc n’est satisfait.
Enfin, se pose le problème des conditions pour être éligible à la présidence. S’il est légitime d’exprimer son incompréhension sur le fait qu’un président de fédération, membre du conseil d’administration de la CGEM, ne puisse accéder à la candidature par le simple fait de ses titres et fonctions, il est tout aussi légitime d’exiger que l’entreprise de ce dernier soit membre effectif de la CGEM. Il serait, après tout, illogique que la société du président ne soit pas membre et ne cotise pas. Mais pourquoi cette société devrait-elle être membre depuis trois ans ? Que demande-t-on au futur représentant des patrons, le volume de ses cotisations ou sa capacité à gérer et faire prospérer une entreprise ?
C’est pour toutes ces raisons qu’il serait plus sage, et surtout dans l’intérêt de la CGEM, de temporiser quelques mois, le temps de calmer les passions, d’apporter les correctifs nécessaires à ses textes et surtout d’essayer d’apporter la réponse à un problème de taille qui a généré tout le reste : pourquoi si peu de candidats à la présidence ?  Un report parce que le problème à traiter aujourd’hui est non pas celui, à court terme, des élections, mais celui de l’avenir de l’institution.