Un vote obligatoire ?

Quelle est la légitimité
d’un élu quand le taux
de participation aux élections est très faible ?
Ne peut-on pas considérer qu’en échange d’un service public le citoyen ait l’obligation de voter ?

Quel sera le taux de participation aux élections communales de ce 12 juin 2009 ? C’est sans nul doute la question qui fera débat au cours des tout prochains jours. Car, au-delà de la nouvelle cartographie locale et du poids des partis de la majorité dans la gestion communale, c’est le degré de représentativité des nouveaux élus qui sera le véritable indicateur. Les gagnants ? Sur une base de combien de votants ? En 2007, le taux de participation aux législatives a été de 37%. En 2003, celui des communales était de 54,16%. La différence est de près de 20 points ! Certes, on peut toujours adopter le raisonnement du ministre de l’intérieur qui affirme que, traditionnellement, les communales étant des élections de proximité, elles mobilisent plus de votants. Il suffit pourtant de faire un tour d’horizon auprès de votre épicier, de votre concierge, de vos proches ou de vos amis pour constater le degré d’indifférence que les Marocains affichent à l’égard du processus électoral.
A cette indifférence il y a certes des raisons profondes liées à la désaffection des Marocains envers la politique, mais il y a également des considérations pratiques. Exemple, en milieu urbain, la concentration démographique au km2 est très élevée et pour une proportion importante de ménages aussi bien la femme que l’homme travaillent. Dans ces conditions comment choisir le futur élu ? Est-ce l’homme qui exerce le métier d’avocat et qui vous sourit sur l’affiche que vous trouvez sous la porte de votre immeuble, le soir en rentrant ? Est-ce la femme médecin qui vous inspire confiance par son air décidé ? Le fait est que la proximité ne s’exprime qu’à travers un faciès et quelques lignes. Avec un plafond de 50 000 DH par élu, il est difficile d’être proches des habitants d’un quartier de 20 000 personnes.
Autre exemple, l’organisation du scrutin un jour ouvrable, généralement le vendredi. A la population des votants effectifs échappe une fraction importante. Celle des gens qui ont trop de boulot pour pouvoir se libérer. Que dire également de ceux dont le lieu de travail est dans une autre ville ?
Enfin, s’il est une question qu’il faut bien poser un jour c’est celle du vote obligatoire sous peine de sanction pécuniaire. Faut-il l’imposer comme c’est le cas dans certains pays développés. Après tout, on peut considérer que le citoyen, s’il exige le droit à avoir un service public, doit se soumettre à l’obligation de remplir une obligation citoyenne. Le sujet mérite débat.