Un trou dans la défense

Dans une déclaration faite aux médias au cours de cette semaine, le grand manitou du foot africain, le Camerounais Issa Hayatou, a justifié la position de la CAF au sujet de la CAN 2015 en disant textuellement qu’un report de la coupe aurait été mortel pour le football africain. Si l’on comprend bien, pour les responsables de la CAF, on ne peut pas risquer de tuer le foot mais on peut prendre le risque quand il s’agit de la santé d’êtres humains. Car Ebola, cette maladie, a bien tué près de 5 000 personnes et elle en tuera probablement davantage dans les mois qui viennent, à en croire les prévisions des instances mondiales spécialisées en la matière. En revanche, on se demande en quoi un report de trois ou six mois, voire d’un an aurait tué le football africain. Mais ce qui est sûr c’est qu’il n’aurait certainement pas arrangé les affaires de toute la machine bureaucratique et l’armada de prestataires, la horde d’intermédiaires et d’intervenants de tout genre qui, très souvent, avec la bienveillance des instances fédérales comme la CAF, se sucrent à l’occasion de telles manifestations. Ceux-là ont un carnet de commandes et un chiffre d’affaires qu’ils ne peuvent évidemment pas reporter, Ebola ou pas Ebola…

La demande de report du Maroc était largement justifiée au vu du risque avéré cette fois-ci et pas hypothétique. Cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Cela dit, encore une fois, des responsables marocains ont tout gâché au niveau de la mise en œuvre. Le report d’une CAN, a fortiori quand on connaît la «grande amitié» que nous portent les personnes qui siègent à la CAF, est une décision sérieuse qui nécessitait un dossier de défense bétonné, un argumentaire minutieusement préparé et une démarche plus intelligente. La fédération et le ministère du sport avaient largement le temps pour s’y prendre suffisamment à l’avance. Le Maroc aurait pu sortir grandi de cette affaire si nos responsables avaient pensé à faire du lobbying dans les règles de l’art. Au lieu de cela, on se retrouve aujourd’hui dans une situation inconfortable en donnant, en plus, à certains pays qui ne nous veulent que du mal une occasion en or de nous discréditer à tort.

La décision était judicieuse et, si elle était bien emballée, le Maroc aurait probablement forcé le respect de tous dans la mesure où le souci n’est pas seulement la santé des seuls Marocains mais aussi de nos invités. L’idée était bonne mais son application catastrophique avec des répercussions dramatiques comme sur beaucoup d’autres dossiers dans lesquels le Maroc n’arrive pas à défendre sa cause pourtant juste. Quel gâchis!