Un projet contre le chaos

Les gouvernements passent, les partis peuvent se relayer aux affaires mais les institutions restent et doivent assurer la continuité de notre projet commun…

Ahurissant ! Un chef d’Etat enlevé avec une facilité inouïe au beau milieu de sa capitale sans que personne ne sourcille…C’est ce qui est arrivé jeudi matin au Premier ministre libyen qui venait tout juste de rentrer d’une visite officielle dans notre pays. Ali Zeidan a été enlevé par un groupe armé à l’hôtel où il résidait en plein coeur de Tripoli.

Cet incident montre à quel point les pays post-printemps arabe, comme se réjouissent à les appeler les médias occidentaux, se sont effondrés.

Les mouvements radicaux et terroristes, dont Al Qaïda notamment, ont fait de ces pays de vraies bases arrières pour leurs projets hégémoniques fondés sur l’idéologie totalitaire et ne pouvant mener forcément qu’à des situations de chaos.

Le malheur dans toute cette histoire, c’est que les contestations qui ont mené au changement dans ces pays relevaient à l’origine plus de l’amélioration des conditions de vie et même parfois de liberté d’expression et de modernité comme c’est le cas en Tunisie et en Libye. Sauf que la facilité avec laquelle les différents régimes sont tombés, souvent grâce à la participation des Occidentaux, a laissé un vide, un vrai appel d’air qui a fini par amener les extrémistes au pouvoir en tuant au passage la notion même d’Etat. Et c’est là le fond du problème ! Car après un système désorganisé comme celui de Khadafi, où la notion d’institutions n’avaient pas droit de cité et où même les dotations des budgets des ministères avaient la forme de chèques personnels, l’effondrement fait émerger inéluctablement en premier les groupes qui ont un minimum d’organisation.

Dans ces pays, la notion d’Etat n’était pas pérenne car elle ne reposait pas sur des institutions qui tiraient leur légitimité d’un projet de société. Ce sont les institutions publiques qui doivent découler du projet et non le contraire. Et un projet de société est par essence l’émanation d’un consensus entre toutes les composantes d’une nation. Un consensus fait dans la sérénité et pas avec les armes.

Si en Tunisie, en Egypte ou en Libye la population et la société civile avaient un seuil minimum d’entente sur des fondamentaux, les trois pays auraient probablement réussi un vrai printemps. Ce n’est pas le cas et on en a aujourd’hui la preuve.

Si pendant longtemps, au Maroc, la notion de projet de société est restée du domaine du débat entre initiés, aujourd’hui il revêt plus que jamais un caractère primordial. Il est aisé aujourd’hui de se rendre compte de la justesse de la vision et de la clairvoyance du Souverain qui depuis le début de son règne a toujours réservé à la notion de projet de société une place importante dans ses discours. Les gouvernements passent, les partis peuvent se relayer aux affaires mais les institutions restent et doivent assurer la continuité de notre projet commun…