Un Plan Marshall pour l’agriculture

Le système de production agricole va droit dans le mur. Non seulement l’Etat dépense de l’argent mais
il empêche l’industrie
d’être compétitive et
le consommateur d’acheter moins cher.

Depuis quelques mois déjà , le problème était latent. Aujourd’hui, il risque de créer de sérieux soucis pour l’économie nationale. Le Maroc a signé, au cours des trois dernières années, des accords de libre-échange avec divers pays. En vertu de ces accords, aussi bien les intrants que les produits finis peuvent être importés à  taux zéro. Dans le premier cas, c’est l’agriculture, et de manière plus globale les secteurs de production en amont, qui accusent le coup. Dans le second cas, ce sont les fabricants de produits finis qui boivent la tasse. Comment ces derniers peuvent-ils être compétitifs ? En achetant ces intrants là  o๠ils coûtent le moins cher, en l’occurrence à  l’étranger. Et les producteurs en amont alors ? Tout le problème est là  : il faudra sacrifier, reconvertir l’un ou l’autre avec des milliers d’emplois menacés. Les règlements de l’OMC permettent certes de faire jouer la clause de sauvegarde et de revenir à  la protection, mais celle-ci ne dure que quelques années et sera de toutes manières aménagée, selon un compromis entre pays o๠le politique tempère les considérations économiques. A cet effet, l’exemple de la céramique (voir page 16) est parlant. Que faut-il alors faire ? Dénoncer les accords signés ? Ridicule et surtout impensable. Le pragmatisme politique passe par le libéralisme économique. Il reste surtout à  espérer que les autres accords, signés et non encore entrés en vigueur (Turquie, Egypte, Jordanie, Tunisie), aient été aussi bien négociés que celui conclu avec les Etats-Unis, qui comprend une exception agricole. Car l’agriculture est, dans ce cas, en première ligne. Le sucre et le blé, trop chers à  la production, artificiellement soutenus à  la vente, et, en dépit de cela, non compétitifs, posent problème. Demain, ce sera le tour du maà¯s qui sert à  fabriquer les aliments pour la volaille, ou encore de la tomate pour le concentré. Redisons haut et clair une évidence ressassée depuis des années : le système de production agricole va droit dans le mur. Tant que le pays était dans un schéma de commerce traditionnel, l’échafaudage tenait bon à  coup de milliards de dirhams de soutien. Aujourd’hui, l’Etat non seulement dépense de l’argent mais empêche l’industrie d’être compétitive et le consommateur d’acheter moins cher. La réforme de l’agriculture est aujourd’hui une urgence et non un objectif à  programmer selon le temps ou les moyens. Depuis le temps qu’on parle de reconversion des cultures et d’extension de l’irrigation…