Un lapin dans le chapeau

Les prévisions budgétaires pour l’année 2011 semblent trop optimistes alors que le monde et surtout l’europe peinent à  sortir de la récession.

A fin 2008, lorsque le monde réalisait enfin que la crise financière mondiale avait dégénéré en crise économique, le Maroc enregistrait, lui, sa deuxième année consécutive d’excédent budgétaire dû à la bonne tenue de ses fondamentaux et surtout à des recettes fiscales en forte progression. Un an après, le solde budgétaire rapporté au PIB revenait à un déficit de 2,2% et l’on devrait terminer l’année avec un solde de -4%. Parallèlement, le taux de croissance de ce même PIB passait de 5,8% en 2008 à 5% en 2009 et il devrait être de 4% au titre de l’année 2010.

Au titre de l’année à venir et dans ses prévisions budgétaires, le ministre des finances vient de présenter un Budget plutôt optimiste. 5% de croissance et un déficit de 3,5% seulement. Or, que nous disent les chiffres ? Ils disent que si le Maroc a réalisé des taux de croissance plutôt honorables, à l’heure où le monde était en crise, c’est surtout grâce à deux bonnes années agricoles successives. En 2009, par exemple, la croissance du PIB non agricole n’a été que de 1,6% et la valeur ajoutée dans le secteur secondaire s’est même inscrite en baisse. Il n’est pas dit que la saison 2010-2011 soit bonne, tout comme il n’est pas dit que les secteurs secondaire et tertiaire enregistrent un taux de progression supérieur à la moyenne. En 2009, le Maroc a réalisé 63% de ses échanges commerciaux avec l’Europe, une proportion qui restera inchangée en 2010 et en 2011. La demande européenne sera-t-elle en progression en 2011 ? Pas quand on regarde les dernières prévisions. Le PIB dans la zone euro progressera de 1,3% seulement et un de nos plus gros débouchés qu’est l’Espagne se débat à la fois avec un risque de restructuration de dette et une demande qui pourrait baisser avec la fin des plans de relance. Il restera le marché intérieur. Assez pour faire du 5% de croissance ? Bien évidemment non.

Que nous disent les chiffres encore ? En 2010, le déficit tournerait autour de 4% et, en 2011, on ne prévoit que 3,5%. Miracle ! Car, entretemps, au lieu d’alléger les dépenses de l’Etat on les a alourdies avec une masse salariale en progression de 6 milliards de DH (+7%), là où on n’a pu rogner que 3 malheureux milliards sur les autres dépenses de fonctionnement. D’où proviendraient les recettes supplémentaires qui permettraient de combler le gap alors que nos exportations risquent, au mieux, de
stagner ?

Au ministère des finances on ne s’inquiète point trop de telles interrogations. Et pour cause, dit-on, «seules 60% des dépenses programmées sont réellement exécutées». Mais alors, et puisque l’on sait cela depuis toujours, semble-t-il, à quelle réalité ce budget correspond-il ? Et puis quid de la croissance ? Là aussi de la valeur ajoutée cachée que l’on sortirait, comme un lapin du chapeau ?