Un essai à  transformer

En relançant la régionalisation, le Maroc fait d’une pierre deux coups : il joue une carte gagnante dans le dossier du Sahara et met fin au clivage entre un Maroc utile et un Maroc à  la traîne.

C’est parti pour la régionalisation. Encore une fois,dira-t-on ! Ce n’est pas une première, on en parle, on y travaille depuis quarante ans.Certes, mais l’on rétorquera que la régionalisation n’est ni un processus de court terme ni une évolution définitive. A la volonté, fortement palpable dans le discours du Souverain, le 6 novembre dernier, date anniversaire de la Marche verte, viennent se greffer deux éléments.
Le premier est d’ordre organisationnel. Un organe ad hoc est appelé à se pencher sur les contours concrets de la régionalisation. Il ne s’agit pas tant d’une refonte des textes que d’une reformulation du concept. La régionalisation a besoin d’un nouveau souffle pour casser le clivage existant entre un Maroc utile, concentré sur un tiers du territoire, et un Maroc à la traîne. La régionalisation a aussi besoin d’un nouveau souffle pour permettre l’émergence de pôles économiques jusque-là lestés par les dysfonctionnements.En ce sens, si les différents schémas de régionalisation appliqués n’ont pas donné leurs fruits, ce n’est pas une raison pour baisser les bras.
Le deuxième élément, lui, est d’ordre politique. En lançant son processus de «régionalisation avancée », le Maroc joue un coup gagnant. En effet, tablant de manière réaliste sur un processus de négociation qui devrait durer encore des années, le Royaume, en accordant, à plus ou moins court terme, pouvoirs et ressources à une région saharienne contestataire, devrait pouvoir atténuer la grogne qui s’exprime localement, et qui se nourrit avant tout, en dépit d’un habillage de circonstance, de la non-satisfaction des besoins économiques et sociaux, du rejet du système de rente et d’un besoin de reconnaissance. Cette démarche proactive permettra également, à l’international, de faire pencher davantage la balance de son côté quand les négociations entreront dans leur phase cruciale.
En somme, il faut faire d’une pierre deux coups. Mais il y a des obstacles à lever : inadéquation aujourd’hui observée entre l’esprit du texte et la réalité du terrain ; flou dans l’articulation des pouvoirs entre wali et collectivités locales, entre wali et démembrements de l’administration; manque de ressources ou d’emprise sur les ressources, et, surtout, coordination trop faible entre politiques publiques et plans régionaux. Des hommes, des moyens et des procédures. Un énorme chantier quimérite que l’on fasse preuve d’opiniâtreté et d’originalité dans la recherche des solutions.