Un effort qui a fini par payer

Au-delà  des montants des amendes , c’est surtout un rééquilibrage du rapport de force entre autorité et conducteurs et une responsabilisation claire de chacun qui anime l’esprit du projet de code de la route.

Et nous y sommes enfin. Deux ans après avoir été le point de départ d’une polémique qui a créé les plus importantes perturbations dans le secteur des transports que le Maroc ait connu, le projet de Code de la route vient d’être validé par la Chambre des représentants. Dans l’intervalle, il aura perdu de son extrême sévérité, notamment en matière de sanctions et d’exigences, mais l’essentiel est qu’il n’ait pas perdu de sa philosophie. En ce sens, il faut rendre hommage à l’effort fourni, à l’obstination du ministre du transport qui a pris le risque politique de heurter un système au sein duquel l’ensemble des acteurs contournait la loi ou l’enfreignait, et où la corruption servait trop souvent de faire-valoir : automobilistes, entreprises de transport, chauffeurs de poids lourds, agents verbalisateurs, centres de visite technique…
Car il s’agit bien d’un système appelé à être remplacé par un autre système. Au-delà des montants des amendes que le public retiendra, c’est surtout un rééquilibrage du rapport de force entre autorité et conducteurs et une responsabilisation plus claire de chacun qui ont été déterminés. Il s’ensuivra la disparition de toute une série de tracas qui pouvaient donner lieu à abus. Pas d’argent ? On pourra payer par chèque. Un abus de la part du policier ? En cas de non-respect de la procédure il est possible de faire invalider la contravention. Ivre ou pas ? L’alcotest est là pour juger. Employeur entretenant mal son camion ? Le chauffeur ne trinquera plus et aura son permis professionnel obligatoire qui lui assure également une couverture sociale. Radars sur la route ? La zone de contrôle doit être signalée. Oui, oui, tout cela est dans le nouveau projet de code avec droits et obligations de chacun spécifiés et un souci manifeste de réduire au maximum les situations conflictuelles et les équivoques, sources d’interprétation, donc de corruption potentielle. Cet arsenal de mesures arrêtera-t-il la corruption ? Il faut être naïf pour le croire, tant les mentalités d’un côté comme de l’autre sont formatés dans le sens de l’arrangement sur le dos de l’Etat. Mais il est certain que la quantité d’opportunités sera réduite et que l’éventail de recours de possibilités donnera matière à réfléchir à plus d’un.
En attendant, reste à savoir ce que la Chambre des conseillers entend faire de ce texte. On peut supposer que les très nombreuses réunions tenues depuis deux ans ont mâché le travail de l’exécutif, mais la démocratie a son prix, celui du droit des élus à faire entendre leur voix.