Un effort méritoire

Il est difficile d’imaginer que l’on puisse tirer un profit marketing de la visite incognito d’un chantier, ou du temps passé à  potasser des dossiers techniques.

En deux ans, le Souverain a sillonné le Maroc, parcourant 72 000 km. 500 projets inaugurés, chantiers lancés ou signatures de conventions présidées. Un véritable marathon, qui oblige la machine étatique à suivre le rythme, qui impose aux responsables de surveiller de près l’avancement des travaux, qui fait bouger le pays.

Face à cela, il se trouve des personnes pour invoquer la «déresponsabilisation» de l’exécutif à travers ces opérations. L’idée sous-jacente étant que si le Roi ne suit pas en personne les projets, ils ne sont pas menés à terme. Le raisonnement est caricatural. Chaque jour, des millions de projets lancés, de décisions prises sont le fait des institutions marocaines. Ceux qui suivent de près la marche du pays savent très bien que le premier ministre a son lot de problèmes à gérer, d’arbitrages à prononcer, tout comme les ministres ont leur part de responsabilité à assumer. Sauf que l’exécutif n’est pas le seul joueur dans la partition d’un projet. En ce sens, une décision royale permet de trancher dans les conflits entre administrations et élus locaux ou d’ouvrir de nouvelles perspectives. Exemple : qui aurait pris le risque de décider du déménagement de l’aéroport d’Anfa ?

Il se trouve aussi des personnes pour arguer que les tournées royales sont des opérations de marketing politique. Et après ? Comme tout acteur public, et à plus forte raison s’il est monarque, il doit entretenir son image. Mais il aurait pu se contenter de la moitié, du quart de cet effort. Et puis, quid des opérations que l’on ne voit pas ? Il est difficile d’imaginer que l’on puisse tirer un profit marketing de la visite incognito d’un chantier, ou du temps passé à potasser des dossiers techniques pour être en mesure de faire des remarques sur la réalisation d’un ouvrage. La vérité est que le Roi travaille dur, tout simplement, en s’impliquant, donc en prenant des risques. Qu’est-ce qui l’y oblige ? Rien, ni la Constitution ni le contexte politique. Il fait cela dans l’intérêt du pays.

Il convient donc de saluer cette dépense d’énergie. Au début du règne du Souverain, des voix s’étaient élevées pour critiquer l’inexistence d’une direction claire, de signaux. Aujourd’hui, on critique la démarche inverse. Il faut savoir ce que l’on veut.