Trrès urrgent…

Recruteriez-vous un licencié en gestion qui, à  la fin de son entretien d’embauche, vous dirait : «Merrci pourr votre collaborration ?»

Le rapport-bilan(*) réalisé par la commission éducation-formation (Cosef) sur les cinq ans de réforme de l’enseignement est inquiétant. Au-delà  des chiffres, des taux de scolarisation en recul dans certains cas, ce qui frappe, c’est surtout l’incapacité du système à  se sortir du schéma dans lequel il est enfermé depuis 30 ans.
Pour une fois, c’est moins une question de moyens que de capacité d’adaptation au changement. On a cru qu’il suffisait de concocter un bon plan d’action pour que le reste suive, mais quand ce «reste», c’est l’homme, rien ne se passe comme on le prévoyaitÂ… Les hommes sur lesquels reposait la réforme n’ont pas suivi. Certains parce qu’ils n’avaient pas été associés à  la réflexion, d’autres parce qu’ils n’avaient pas été sensibilisés à  cette réforme, mais la plupart mus par la résistance. Les signes avant-coureurs de ce manque d’implication étaient visibles dès l’année 2000, à  travers les déclarations publiques du corps enseignant. En un mot, on n’y a pas cru, ministres compris.
Résultat : l’université n’est toujours pas autonome et reste déconnectée de son environnement économique régional, le privé n’a pas pris suffisamment la relève et le Maroc continue à  produire des chômeurs faute de passerelles permettant la reconversion.
Aujourd’hui, tout n’est pas perdu, mais le temps commence à  manquer. Disons-le clairement, le plan d’action proposé par la Cosef il y a cinq ans est aussi ambitieux que bon, mais il faut que l’Etat y mette du sien. Le changement ne se décrète pas, il faut une véritable mobilisation, à  l’instar de ce qui se fait actuellement pour l’INDH.
Et puisqu’on parle de réforme, il convient également de se pencher sur l’arabisation de l’enseignement. Que nous a-t-elle apporté ? Des licenciés qui ne savent pas faire une phrase correcte en français, dans un marché du travail oà¹, à  part l’administration – beaucoup de ministres on dû faire un effort, et encore ! -, on ne communique qu’en français, justement. On nous dit que les élèves reçoivent par ailleurs des cours en français, mais est-ce suffisant ? Une langue se maà®trise par la pratique et pas seulement en assimilant un vocabulaire. Recruteriez-vous un licencié en gestion qui, à  la fin de son entretien d’embauche (histoire vécue), vous dirait : «merrci pourr votre collaborration ?». De rien mon pote, ma seule collaboration, je l’espère, sera de réussir à  démontrer que, pour des raisons de fierté arabe mal placée, on est en train de sacrifier l’avenir de nos jeunes. «Messieurs les décideurrrs, merrci de rregarder dans ce sujet» n Fadel Agoumi