Tout va bien… et c’est tout ?

Le Maroc n’a peut-être pas besoin d’un plan de relance, mais le manque de soutien à  certains secteurs pourrait aggraver les choses.

Chine : 573 milliards de dollars, Japon : 352 milliards, Etats-Unis : 268 milliards, Union Européenne : 163 milliards, Italie : 100 milliards, Allemagne : 63 milliards….Ce sont là quelques chiffres concernant les plans de relance économique annoncés par les pays développés pour tenter de freiner la récession qui s’annonce. L’économie mondiale, durement secouée, cherche à tout prix à maintenir ou doper la consommation, préserver des emplois, éviter la crise du crédit, la spirale déflationniste…
Et le Maroc ? se demandent les chefs d’entreprises. A priori, ces risques sont de faible amplitude. La consommation devrait se maintenir – ou du moins ne pas trop fléchir- aidée en cela par une baisse d’impôt qui s’annonce, les finances publiques se portent bien et permettent à l’Etat une marge de manœuvre non négligeable, l’année agricole s’annonce prometteuse, ce qui devrait compenser d’éventuelles pertes d’emplois dans d’autres secteurs et l’investissement publique de 145 milliards de DH, assure-t-on, est à même d’assurer de l’activité à de nombreux secteurs. Bref, si ralentissement il y a, il serait plus dû à des facteurs endogènes, des aléas de cycle naturel. Ceci pour le côté cour. Mais il y a aussi un côté jardin. Des taux d’intérêt qui, malgré le geste consenti par les banques, devraient bientôt augmenter sous la pression de la tension sur les liquidités (voir page 14), des secteurs exportateurs qui accusent le coup et qui connaîtront sous peu des problèmes de trésorerie ou de financement de leur cycle d’exploitation, une crise du logement –et non pas de l’immobilier- qui se dépêtre dans l’absence de foncier et qui finira par ralentir la demande dans le secteur de l’habitat, une diminution galopante des réserves en devises…Que fait l’Etat dans ce cas ? La baisse des impôts est trop timide pour espérer accroître substantiellement la consommation, les entreprises commerçant avec l’étranger (hôtels, tourisme, industrie électronique, textile, agroalimentaire…) ne bénéficient d’aucun moratoire sur le paiement de leurs impôts et charges sociales, ni d’un geste de l’Etat pour continuer à se financer sans mal alors qu’elles se dirigent vers une baisse d’activité, les rivalités entre ministères sans arbitrage ferme font traîner en longueur les projets immobiliers étatiques (logements à
140 000 DH, à 200 000 DH, pour la classe moyenne) susceptibles de nourrir la machine du BTP. C’est bien de doper l’investissement public mais ira-t-il vers les secteurs qui en ont le plus besoin ?
C’est bien d’être un Etat aux finances équilibrées, et même excédentaires, mais à quoi cela sert-il de s’extasier devant la croissance à deux chiffres des recettes fiscales, si l’économie n’est pas aidée au moment où il le faut ? Les risques sont peut-être de faible amplitude, mais l’agrégation de petites vagues peut parfois dégénérer en tsunami.