Touria, le moqaddem et le caïd

« J’ai l’honneur de demander à  votre haute bienveillance de bien vouloir me délivrer…un certificat de résidence. Veuillez agréer mes respects les plus inimaginables, les plus rampants… »

Passeport.ma. Un tout joli nom pour un site internet bien structuré, où l’on trouve la liste des documents nécessaires pour l’obtention de ce titre de voyage, où, dans d’autres pays, on le reçoit par la poste, sur une simple demande. Mais nous sommes au Maroc…, passons.

Un couple habitant Casablanca décide de renouveler le passeport de ses deux enfants mineurs. Bien informés, les parents vont sur passeport.ma pour consulter la liste des documents à pourvoir. Entre autres documents à produire, un extrait d’acte de naissance et un certificat de résidence. La mère se déplace donc chez les administrations concernées pour ce faire. Première surprise, à la mouqataâ concernée, on signifie à la dame, qui s’est absentée de son travail, qu’il faut faire une demande de certificat de résidence. Oui, vous avez bien lu, il ne suffit pas de demander. Deuxième surprise, le modèle existe bel et bien et il faut aller en faire soi-même une photocopie. Troisième surprise, demander un certificat de résidence vous expose à un interrogatoire. «C’est pour quel usage ? Ah ! passeport ! Dans ce cas il faut une autorisation dûment signée par le père». La mère, reconnue par la moudawana, depuis 2004, comme légalement responsable du foyer, ne l’est pas, aux yeux de l’administration… 

Mais nous sommes au Maroc et même si l’autorisation parentale et la demande de certificat de résidence ne sont mentionnés nulle part, la dame prend son mal en patience. Reste, toutefois, la validation du moqaddem, censé faire ce fameux baht, cette enquête qu’il ne fait jamais, puisqu’on lui produit une facture récente d’électricité prouvant qu’on réside bien là où il faut. Le moqaddem, lui, n’est pas là et personne ne sait où il est. «Peut-on déposer les documents et revenir chercher ce certificat ?», Non, il faut les donner au moqaddem. Heureusement que notre citoyenne, avertie, a son GSM. Elle l’appelle et s’entend dire qu’on l’a fait travailler toute la nuit et que madame aille chez Touria, de sa part, pour déposer lesdits documents.
Le lendemain matin, madame s’absente à nouveau de son travail pour aller récupérer le certificat de résidence. Est-il prêt ? Oui, les cachets sont là, le moqaddem a signé et le caïd aussi…mais à blanc, encore doit-on les remplir. Touria s’en charge en rouspétant et commet des erreurs de transcription qu’elle rectifie au blanco. Enfin, le certificat !

Moralité de l’histoire, on demande aux citoyens de produire des papiers non exigés par l’Etat : abus de pouvoir ; on est incapable d’avoir un guichet unique efficace, pour un document aussi basique : incompétence ; on signe un document à blanc, qui peut être modifié : négligence grave ; et on fait perdre aux citoyens du temps alors qu’on est censé être à leur service. Jusqu’à quand, MM. Laenser et Benkirane ?