Touche pas à  mes sous

L’Etat protège certaines denrées alimentaires par des droits de douane élevés alors que la production nationale a la garantie d’être totalement écoulée à  un prix ciblé. Dans quel but ? Budgétaire uniquement.

En ce début du mois de juillet, le Maroc manque de blé. Même en période de bonne récolte, le pays importe du blé, la production locale n’étant pas de qualité assez élevée pour répondre à  des besoins spécifiques. Pour protéger la production de ces 5 millions d’hectares, dont le rendement atteint à  peine 15 quintaux à  l’hectare (80 quintaux en Europe), les droits de douane sont parfois fixés à  130%. Aujourd’hui, alors que la moisson de l’année est quasiment écoulée, que le prix du marché est de 285 DH/quintal, supérieur même aux 250 DH garantis par l’Etat, que le marché est en situation de semi-pénurie, les droits de douane sont encore à  30%. Pour protéger quoi et qui ? On a du mal à  croire que l’Etat va à  l’encontre de l’intérêt général uniquement pour encaisser des recettes douanières.

En ce début de juillet également, la polémique autour de la restitution par l’industrie du soda de la subvention sur le sucre qu’elle consomme refait surface. En toute logique, les industriels ne devraient pas bénéficier d’une subvention destinée au consommateur final. Il est logique que l’Etat réclame son dû. Sauf que ce même Etat ferme les portes des importations par des équivalents tarifaires. Là  encore, une attitude incompréhensible. Si l’objectif est d’assurer au citoyen un sucre à  prix réduit, et en même temps d’assurer aux agriculteurs un prix garanti, la mesure ne se justifie pas. D’une part, la production nationale a la garantie d’être totalement écoulée puisque le pays, qui consomme un million de tonnes de sucre, en importe

500 000. D’autre part, avec des importations libres pour certains secteurs, le jeu du marché ne serait pas faussé puisque le sucre pour l’industrie ne représente qu’une consommation intermédiaire. Permettre à  l’industrie de s’approvisionner à  moindre coût diminuerait la probabilité de hausse des prix de la limonade, ce dont profiterait le consommateur. Que protège donc l’Etat, et qui l’Etat protège-t-il ? Il protège ses droits de douane et garantit un marché de 65 000 tonnes de sucre – consommés par les industriels – à  la Cosumar. Les équivalents tarifaires, dans ce cas, ne servent pas l’objectif social.

En résumé donc, l’Etat n’agit pas dans l’intérêt bien compris de la collectivité mais pour s’assurer des recettes budgétaires, quitte à  en payer les conséquences quand il est trop tard… Myopie ? Non, vision à  court terme.