Torpillage

Les 25 et 26 mai dernier se tenait à  Madrid un séminaire sur le Maghreb. Le thème retenu était intéressant : «Du coût du non-Maghreb au Tigre nord-africain».

Les 25 et 26 mai dernier se tenait à Madrid un séminaire sur le Maghreb. Le thème retenu était intéressant : «Du coût du non-Maghreb au Tigre nord-africain». Si on n’est pas vraiment arrivé à chiffrer avec exactitude ce manque à gagner résultant d’une UMA restée un vœu pieux, du moins on a su qu’un ou deux points de croissance du PIB auraient pu être réalisés et, plus important, on a exploré les voies de complémentarité, les opportunités d’affaires, les facteurs-clés de succès… En résumé, un exercice intéressant dans la mesure où les représentants de chaque pays, notamment les businessmen, ont pu se faire une idée plus précise de la configuration économique des autres pays membres de l’UMA.

Il faut dire qu’avec 100 millions de consommateurs, le marché du Maghreb arabe devient autrement attractif, permettant à des industries capitalistiques d’être en mesure de rentabiliser leurs investissements. Inversement, c’est un marché qui peut permettre à ses membres de mieux négocier avec les partenaires économiques (Union européenne, Etats-Unis, organismes internationaux…). Tout ça pour peu que l’on veuille dépasser les blocages. Mais le veut-on vraiment ?

Si, sur le plan politique la situation n’a pas évolué, l’intensification des relations d’affaires, l’interdépendance peuvent amener à adoucir les radicalisations. Or, il est surprenant de constater que des hommes d’affaires algériens de même que d’anciens responsables d’établissements économiques publics appelés à s’exprimer ont tenu à faire des remarques désobligeantes sur le Maroc ou à exposer des situations économiques qui relèvent plus du cliché, que la probité intellectuelle réprouve, que de faits réellement prouvés. A moins que ce ne soit de l’ignorance… On a cependant du mal à croire qu’un ancien gouverneur de banque centrale, sommité connue dans le monde de la finance, appelé à se prononcer sur le schéma d’un système financier maghrébin, soit mal renseigné au point de considérer qu’au Maroc le rôle du secteur bancaire est de «servir le Makhzen et d’éviter l’émergence d’une classe moyenne». Rien moins que ça !

D’autres phrases de cet accabit ont été prononcées et, naturellement, en réaction, des opérateurs marocains ont tenu à faire certaines précisions. Un droit de réponse qui fait chaud au cœur, mais en même temps un pincement : dommage pour le Maghreb. Si l’économie ne le construit pas, qu’est-ce qui l’édifiera ?