Test de confiance

L’option d’un emprunt national en 2021 se précise et tout porte à croire que le gouvernement en lancera un ou même plusieurs dans les mois à venir.

Il va sans dire qu’une telle opération est importante pour des finances publiques fortement sous pression en 2020, des suites des répercussions de la pandémie, et qui le seront davantage en 2021, l’Etat devant doubler l’effort d’investissement public pour accompagner la relance.
Mais au-delà de son caractère purement économique et conjoncturel, un éventuel emprunt national revêtira de l’importance sur un tout autre registre, plus immatériel. Un emprunt national étant par essence un appel à l’épargne aussi bien des institutionnels que des ménages et personnes physiques, la question qui se posera d’elle-même est de savoir quel sera le niveau d’adhésion des citoyens à cet effort collectif de financement. Ce sera, en fait, un baromètre du niveau de confiance des Marocains dans leurs institutions, leur économie et leur Etat tout court.
Certes, le dernier emprunt national initié par l’Etat marocain remonte à très longtemps, à plus d’une trentaine d’années, à l’époque du célèbre Programme d’Ajustement Structurel (PAS) dans les années 80.
Il serait difficile aujourd’hui aux analystes de se baser sur des opérations aussi lointaines dans le temps et aux circonstances différentes pour pronostiquer le niveau d’adhésion du ou des prochains emprunts.
Mais des démarches similaires basées sur le même principe, à savoir l’appel de fonds populaire, ont été initiées récemment. La dernière en date n’est autre que celle du Fonds de solidarité spécial Covid-19 mis sur pieds avec une rapidité exemplaire après l’appel royal et qui, en l’espace de quelques jours seulement, a recueilli des milliards de DH de dons.
Pour un investisseur institutionnel, un emprunt national est une opération placement qui obéit à des considérations d’ordre financier. Mais pour l’épargne populaire, et en plus de l’attrait financier qu’il peut avoir, l’emprunt est plus un acte à travers lequel s’exprime la confiance.
L’adhésion massive des épargnants marocains, toutes classes confondues, sera plus importante et plus déterminante par son nombre que par le volume réellement apporté.
L’exercice est périlleux. Le gouvernement est presque condamné à réussir ce test, car les messages qui en découleront seront aussi des signaux forts aux places financières internationales et aux bailleurs de fonds étrangers…