Terroristes et martyrs

Les démocraties ne se
sentent-elles pas interpellées par la manière de se défendre
d’un peuple qui transforme
ses enfants en bombes ambulantes ?

Cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Hamas, lâchement assassiné lundi 22 mars par Israël, est-il un martyr ou un terroriste ? L’être universel que nous sommes, ou plutôt que nous devrions être, doit, plus que jamais, se poser cette question.
Au sens communément admis, y compris par nous, Marocains, le terroriste est celui qui tue – ou incite, ou donne des ordres pour tuer – des innocents, sans que le mobile de l’assassinat ne soit en rapport direct avec les victimes.
Qu’un enfant meurt à Gaza ou à Tel Aviv, que le sang des innocents, qui ont par hasard croisé le chemin de la mort, coule à Bethléem ou à Haïfa, c’est la même douleur qui transperce les poitrines, la même haine contre l’autre qui se ravive jusqu’à l’aveuglement.
Ariel Sharon, qui a assassiné des centaines de civils à Sabra et Chatila, lieux de triste mémoire, et qui continue à le faire au nom de la «démocratie» israélienne, est un terroriste. En tant que premier ministre élu, il personnifie un terrorisme d’Etat.
Cheikh Yassine, qui porte l’idée que le Palestinien a le droit et le devoir de se défendre contre l’occupant, y compris en tuant des civils innocents, n’échappe pas non plus à la définition du terroriste.
Quelle que soit la cause que l’on défend, le meurtre d’innocents ne se justifie pas.
Les Arabes, quand ils défendent et justifient de manière aussi systématique les actions palestiniennes contre des civils israéliens, sans jamais considérer que ce sont des êtres humains qui ont le droit de vivre, n’érigent-ils pas la schizophrénie en système ?
Ne sont-ils pas en contradiction avec les valeurs universelles, quand ils réprouvent l’assassinat des Espagnols et se réjouissent de la mort des Israéliens ?
Bien entendu, on dira que la cause n’est pas la même et que, si des Palestiniens en arrivent à exterminer des civils, c’est qu’ils n’ont pas d’alternative. Ont-ils un autre choix que de se faire exploser pour se faire entendre, sans se soucier des vies qu’ils emportent sur leur passage.
Les démocraties ne se sentent-elles pas interpellées par la manière de se défendre d’un peuple qui transforme ses enfants en bombes ambulantes ?
Tant que les terroristes des uns seront les martyrs des autres, nous n’aurons même pas commencé à trouver l’ombre d’une solution à un drame qui, d’ailleurs, ne concerne pas seulement la Palestine