Subventionner la médiocrité

La mise en oeuvre du système d’indexation des hydrocarbures aura pour effet d’alléger les charges de compensation, même partiellement, et un retour à  la vérité des prix. Mais bien plus que cela, le système mettra les entreprises devant la dure réalité que nous fuyons depuis longtemps quant à  leur compétitivité.

Le grand avantage de l’indexation, quand bien même ce serait une mesure douloureuse, est qu’elle sera l’occasion pour que l’on reprenne le débat sur les sources de compétitivité (ou de non-compétitivité) des entreprises marocaines avec cette fois-ci à la clé, nous l’espérons, des réponses franches, sans complaisance et des engagements fermes de part et d’autre comme cela a été le cas cette semaine avec le pacte de responsabilité proposé par le président François Hollande aux entreprises françaises. Car il faut en finir avec un grand malentendu qui plombe tout le pays depuis des années.

Si parmi les facteurs de compétitivité d’une entreprise on trouve, certes, le coût des facteurs de production, notamment le capital, le travail, l’énergie et aussi la fiscalité, ils ne sont pas les seuls. La compétitivité est également, et pour beaucoup, fonction de la capacité des entreprises elles-mêmes à améliorer la productivité de leurs ressources humaines, à optimiser le rendement de leurs outils de travail, à mieux exploiter leurs moyens, à lutter contre les déperditions et gaspillages en tous genres dans les usines, ou encore à innover en matière de produits et de process pour pouvoir produire aux meilleurs coûts possibles… Et ça, ce n’est certainement pas à l’Etat de le faire. Les entreprises marocaines ont encore de la marge qu’elles sont loin d’avoir exploité.

Prenons le cas du fuel industriel, par exemple. Quand bien même son prix augmenterait, le Maroc restera toujours parmi les pays aux prix les plus bas du pourtour méditerranéen. Si, avec tout cela, nos industriels continuent de crier au loup c’est qu’il y a véritablement problème.

Les aides publiques sont nécessaires mais elles ne doivent pas servir à maintenir sous perfusion des entreprises malades, qui ne créent ni richesses ni emplois, se contentant simplement de maintenir un niveau minimal d’emplois, et encore !, ou de revenus pour les actionnaires. La réforme du système de compensation est une occasion en or pour les entreprises de faire leur autocritique. La CGEM a annoncé d’ailleurs qu’elle rendra bientôt publiques des études sur la compétitivité des entreprises.

Les aides publiques, comme cela se pratique dans d’autres pays, doivent aller aux meilleurs, récompenser les plus performants et ceux qui créent chaque année plus d’emplois. Elles doivent être désormais conditionnées par des cahiers des charges comportant des objectifs et des engagements de résultats. Autrement, la subvention publique se résumerait à une prime d’encouragement à la médiocrité.