Statistiques apolitiques

L’instance en charge de produire les statistiques chez nous, en l’occurrence le HCP, n’est surtout pas une administration au service du gouvernement.

Le dernier épisode polémique mais non moins intéressant qui a opposé le Haut commissariat au plan à une certaine frange du gouvernement remet sur la table les questions cruciales de l’indépendance et la fiabilité de l’appareil statistique d’un pays.

Et d’abord cette grande confusion, y compris chez certains de nos politiques et ministres, qu’il faut lever d’entrée de jeu : l’instance en charge de produire les statistiques chez nous, en l’occurrence le HCP, bien qu’elle soit juridiquement et administrativement sous la tutelle du chef du gouvernement, n’est surtout pas une administration au service du gouvernement.

Les chiffres sont produits de manière scientifique pour servir à tous les opérateurs, privés, décideurs, hauts fonctionnaires, faiseurs de politiques publiques et non pas pour enjoliver les réalisations du gouvernement. Ces chiffres, à ce que l’on sache, obéissent aux standards imposés par des organisations internationales dont l’ONU et dont la fiabilité est donc avérée.

Le fait que les indicateurs ne soient pas à l’avantage du gouvernement est en soi une excellente marque d’indépendance qu’il faut à tout prix préserver. Et pour cela, les dernières escarmouches entre le ministre des affaires économiques et le Haut commissaire au plan, Ahmed Lahlimi, constituent un excellent prétexte pour corriger une malformation de naissance dont souffre le HCP. Car, en plus d’être sous la tutelle du gouvernement, nos statisticiens sont tributaires du bon vouloir de ce dernier pour avoir le budget suffisant pour accomplir leur mission. Donc l’indépendance du HCP n’est en fait que de façade, ou en tout cas très fragile, puisque c’est toujours le gouvernement qui tient les cordons de la bourse.

Le législateur doit trouver des mécanismes, légaux, fiscaux, parafiscaux, budgétaires ou autres, pour que l’agence qui produit les statistiques soit dotée, en vertu de textes de loi, de moyens indépendamment du budget du chef du gouvernement ou d’un quelconque autre département et soumis au contrôle en premier et en dernier lieu du Parlement. Dans beaucoup de pays, les agences chargées des statistiques fournissent au grand public des prestations payantes et souvent bien rémunérées. Pourquoi pas au Maroc ?

Et pour ce qui est de l’indépendance «scientifique», il est temps pour que toutes les composantes soient associées dans une sorte de comité où seraient représentés, en plus de l’administration, le secteur privé, les syndicats, les opérateurs de tout genre, les experts, universitaires et scientifiques…  

En tout cas et paradoxalement, les animosités récentes sont une bonne nouvelle car elles viennent, en fait, confirmer la fiabilité des statistiques produites au Maroc par le HCP. Ce qui permet d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce qui se disait de temps à autre en coulisses sur la manipulation des statistiques officielles à des fins politiques.