Sous-productivité

Dans son message adressé cette semaine au groupe africain des ministres des finances et des gouverneurs des banques centrales réunis à Marrakech, S.M Mohammed VI a mis le doigt sur un paramètre décisif qui constitue le cœur même de l’équation de développement, à savoir la productivité des facteurs censés générer la valeur et les richesses.

Un premier comparatif grossier permet de planter le décor d’emblée. Le PIB de l’Union européenne avoisine, selon les dernières estimations, quelque 16 400 milliards d’euros pour une population d’environ 450 millions d’habitants. En Afrique, les chiffres les plus actualisés indiquent une population de près de 1,5 milliard d’habitants, soit quasiment le triple de l’UE. Pourtant, en termes de production de richesses et de valeur, le continent africain est encore très en dessous de la barre des 10 000 milliards de dollars. Les projections des différentes instances et organisations mondiales parlent de 29 000 milliards de dollars…en 2050. La productivité du capital humain, pourtant la force du continent, est donc à un niveau encore faible. Visiblement, l’Afrique ne tire pas profit de sa manne démographique. La productivité s’applique également aux politiques publiques. L’investissement réalisé par un État dans des infrastructures est censé générer de la valeur dans le sens où il doit drainer de l’investissement privé qui, lui, est créateur de valeur et d’emploi. Dans sa lettre adressée aux ministres des finances présents à Marrakech, le Souverain a soulevé, à juste titre, l’efficience de l’investissement public.

De la même manière, S.M. le Roi a mis le doigt sur la nécessaire révision, entre autres politiques publiques, des systèmes fiscaux qui demeurent le pourvoyeur de ressources pour les finances publiques. Car il n’est un secret pour personne qu’en matière de recettes fiscales, l’Afrique est probablement loin de mobiliser tout le potentiel dont elle dispose. Ce qui, en plus du manque à gagner que cela représente, induit forcément un recours à l’endettement des États pour faire face aux dépenses et financer leurs programmes économiques et sociaux. Au regard de ses ressources naturelles, malheureusement pas toujours valorisées à la faveur du continent, et de sa puissance démographique, l’Afrique a besoin plus que jamais d’unir ses forces et de revoir son modèle. Comme le rappelle le Souverain à maintes reprises, la coopération Sud-Sud demeure encore et toujours la seule voie indiquée et viable…