Small is beautiful

Très souvent le débat entre spécialistes et initiés sur les grandes questions économiques est tellement techniciste et sophistiqué qu’on passe à  côté des vraies réponses.

Très souvent le débat entre spécialistes et initiés sur les grandes questions économiques est tellement techniciste et sophistiqué qu’on passe à côté des vraies réponses. Et très souvent aussi ces réponses sont à notre portée pour peu qu’on prenne le temps d’observer en oubliant les démonstrations savantes. Depuis des années, au Maroc, la question sur la création et le partage des richesses taraude l’esprit des économistes. Pourquoi et comment la croissance du PIB n’arrive-t-elle pas à se traduire dans l’économie réelle et la vie du Marocain moyen ? Pourtant, dans la vie de tous les jours, les exemples de ce que l’on pourrait faire pour y remédier ne manquent pas.

Caftan ! Voilà un de ces exemples qui peuvent faire cas d’école. Car, au-delà de ce que l’on sait de cette manifestation, devenue aujourd’hui la vitrine incontestable du savoir-faire marocain, Caftan est une petite machine économique qui fait vivre des centaines voire des milliers de personnes.

Certes, Caftan, avec ses aspects festifs, son envergure internationale est une sorte de rendez-vous annuel à ne pas rater pour les amoureux du réseautage et des relations publiques. Mais au-delà de la vitrine et de l’événement, Caftan est bien plus que cela.

Chaque année, ce sont 15 stylistes qui exposent leurs créations. Chacun d’entre eux doit en produire huit, ce qui fait 120 créations au total. Or, il faut savoir que derrière chaque caftan exposé, une multitude de petites mains, d’artisans, de prestataires ont travaillé jour et nuit. Fait insoupçonnable, beaucoup de ces petits artisans qui vivent de Caftan se trouvent dans des villes, des patelins et des régions reculées, travaillent dans de petits ateliers qui dans la couture, qui dans la broderie, qui encore dans la passementerie ou la garniture…

Pour cette multitude de petites mains, Caftan est une véritable manne qui leur permet non seulement de montrer leur savoir-faire mais simplement de gagner dignement leur vie, car 80% des recettes procurés par la vente des ces belles créations vont à des centaines de petits artisans éparpillés à travers le pays.

Bien plus que cela. Même quand il est clôturé, et pour rester dans le jargon des économistes, Caftan continue de produire des effets induits. Beaucoup de femmes marocaines, ne pouvant pas s’offrir des pièces à 100 000 DH, vont tout simplement s’inspirer des modèles, acheter elles-mêmes leurs matières et demander à des artisans de les reproduire.

Même si les chiffres sont à taille humaine, le plus important dans tout cela est d’y voir un bel exemple de mécanisme de transfert et de partage de richesses. Caftan est bel et bien une machine économique, une bonne illustration de ce que devrait être une chaîne de valeur. Qui l’aurait cru ?!