Sevrage pénible

Il y a un peu plus de dix ans, l’Administration publique levait la main sur le transport routier des marchandises qui est devenu un secteur libéralisé, sans monopole, obéissant aux règles du marché et à  la libre loi de la concurrence.

Il y a un peu plus de dix ans, l’Administration publique levait la main sur le transport routier des marchandises qui est devenu un secteur libéralisé, sans monopole, obéissant aux règles du marché et à la libre loi de la concurrence. C’était l’aboutissement d’une lutte de plusieurs décennies durant lesquelles les opérateurs privés ont bataillé dur pour obtenir cet affranchissement vis-à-vis de l’Etat. L’événement était de taille et, sur papier, un tel désengagement devait permettre l’éclosion d’un secteur privé moderne, performant…

Mais dans les faits, c’est tout le contraire qui s’est produit. L’informel a gagné encore plus de terrain au point de constituer aujourd’hui plus de 75% de l’activité, selon l’aveu même des professionnels qui disent être les premiers à en souffrir. Et même les quelques rares entreprises plus ou moins structurées ne sont ni économiquement efficientes ni socialement conformes.

Aujourd’hui, on peut affirmer sans risque de se tromper que la libéralisation des transports constitue un des plus gros échecs de cette dernière décennie alors que paradoxalement le secteur est un facteur clé dans la compétitivité des entreprises et de notre économie en général.

Le plus gros problème du secteur, c’est qu’il est éminemment «politisé» et pris en otage par des franges d’opérateurs pour leurs propres intérêts qui ne sont pas toujours, voire jamais, compatibles avec l’intérêt général. On en a suffisamment eu des preuves à l’occasion de chaque grande réforme annoncée ou de mesures décrétées par les pouvoirs publics.

Quand il y a quelques années, par exemple, le Maroc avait décidé de se doter d’un code de la route devant mener à la modernisation du secteur, les grèves des professionnels privés s’étaient multipliées, paralysant à plusieurs reprises toute la machine économique. La grande stratégie qui a fait l’objet d’un contrat-programme signé en 2010 est, à ce jour, encore au stade de déclaration d’intention puisque,  sur la dizaine de contrats d’application que le privé devait proposer, à peine un seul a pu voir le jour.

Entre-temps, les professionnels ont passé la majeure partie de leur temps dans les luttes intestines entre opérateurs, les guerres de positions, la course aux voix électorales et à la représentativité dans le secteur…
Avant 2003, le privé demandait à l’Etat de se désengager de l’activité sous prétexte que cette mainmise freinait le développement et la modernisation du secteur. Aujourd’hui, ce même secteur privé reproche à l’Etat de s’être trop, et rapidement, désengagé et réclame de nouveau de l’intervention, ou en tout cas de la régulation. C’est en soi un aveu d’échec…