Se libérer de l’Europe

Il y a une douzaine d’années, quand le Maroc avait décidé, avec son Plan Emergence, de procéder sérieusement à sa reconfiguration industrielle, les responsables avaient opté pour une démarche originale qui consistait à construire un dispositif de production en se basant sur les tendances mondiales dans les 30 années.

De la prospective en somme. En partant de l’existant de l’époque, l’exercice revenait à se projeter dans l’avenir et de se poser des questions très basiques du genre : quels sont les métiers qui montent ? Qui et où sont les grands donneurs d’ordre mondiaux ? Quelles sont nos parts de marché actuelles ? Qui sont les puissances montantes et les marchés d’avenir ? Et, partant de là, que doit faire le Maroc pour capter une partie de cette demande future ? C’est ce qui a donné ce que nous voyons aujourd’hui dans l’automobile, dans l’électronique, dans l’offshoring, dans l’aéronautique et autres nouveaux métiers mondiaux.

A l’origine d’une telle démarche, une des idées fondatrices intéressantes c’est de rester connecté à la demande mondiale. Mais comme l’ordre mondial change sans cesse, la géographie de cette demande change elle aussi sans cesse. Par conséquent, pour rester connecté aux grands bassins de la demande, deux éléments sont nécessaires. Le premier, c’est d’être outillé pour suivre constamment les tendances, détecter les déplacements pour pouvoir anticiper. Le deuxième, c’est d’avoir un dispositif industriel et un tissu économique agiles, capables de suivre le mouvement.

Depuis 2009, notre principal partenaire qu’est l’Europe va de crise en crise. L’onde de choc atteint inévitablement le Maroc avec les effets qu’on connaît sur notre tourisme, nos industries et nos services. Cela n’est pas près de changer tant qu’on restera connecté presque exclusivement à l’Europe. Or, aujourd’hui, aux Etats-Unis, c’est le plein-emploi, chose qu’on n’a pas vue depuis les trente glorieuses de l’après-guerre. Dans d’autres pays ou régions comme la Russie, la Chine, le Canada, le Golfe ou encore quelques pays d’Asie ou d’Amérique latine, on est loin des économies sinistrées. Plus près de nous, l’Afrique subsaharienne est un bassin de consommation prometteur et une terre d’avenir pour l’investissement et la création de valeur.

Il ne s’agit pas bien entendu de délaisser nos marchés et débouchés classiques. Mais il s’agit de pouvoir trouver d’autres niches, d’autres gisements intéressants pour ne pas rester indéfiniment à la merci d’un seul marché. Pour cela, notre tissu économique en entier doit avoir cette agilité pour rectifier le tir et rediriger la force de frappe quand il le faut et là où il faut. Il existe de belles success stories de PME qui ont réussi à s’introduire, même de manière limitée, sur des marchés éloignés, inhabituels. On gagnerait à regarder de près leurs expériences et à en faire des éclaireurs sur ces terrains encore inexplorés…