Se donner le temps…

Le changement brusque opéré dans l’enseignement supérieur avec l’abandon du système dit de Bachelor à peine en démarrage renvoie à un des défis majeurs auxquels sont confrontées les réformes, à savoir la constance et la continuité.

Ce système Bachelor, d’inspiration anglo-saxonne, a été mis en marche récemment et n’a pas encore produit ses premières promotions. En même temps, le ministère revient à l’ancien système dit LMD, d’inspiration plutôt française et qui, lui, avait pourtant fait l’objet d’évaluations négatives.

Si cette décision est pratiquement la toute première importante prise par le nouveau ministre chargé de l’enseignement supérieur, c’est qu’il y avait véritablement urgence. Mais alors, comment se fait-il que l’on se soit trompé sur une réforme aussi profonde et décisive, puisqu’elle devait, ni plus ni moins, conditionner l’avenir des millions de jeunes ?

D’un autre côté, toutes les réformes profondes consomment nécessairement du temps qui se compte non pas en mois mais en années, voire en décennies et générations dans des cas comme l’éducation. Les premières années sont aussi et souvent des périodes transitoires où le passage d’un ancien schéma vers un nouveau ne peut s’opérer que progressivement en générant des situations complexes et des problèmes inédits. Ces complications de début de process ne peuvent pas être interprétées comme les signes d’un échec. Ce serait impensable en l’espace de quelques mois pour une réforme aussi consistante. Et beaucoup de réformes importantes, menées à terme et même réussies, auraient peut-être été abandonnées au regard des complications du démarrage. A commencer par celle qui est aujourd’hui en marche dans le primaire. Le changement progressif de la langue d’enseignement de certaines matières, par exemple, doit être mené en répondant à deux contraintes contradictoires, à savoir ne pas pénaliser les écoliers des dernières classes de l’ancien système «arabisé» tout en permettant une montée en puissance des classes du nouveau système. Du coup, l’examen de passage au collège sera toujours en langue arabe pour certaines matières étudiées en français. Ces difficultés sont résolues à travers des ajustements ou des dispositifs transitoires et elles doivent surtout faire l’objet de beaucoup de pédagogie pour assurer la continuité d’une réforme mûrement réfléchie.