S’armer de valeurs

Le débat sociétal serein qui s’est installé au Maroc depuis des années est signe de bonne santé quand bien même il peut paraître par moments violent et virulent.

La société marocaine a pu démontrer à plusieurs reprises, à des occasions où elle semblait plus hétérogène que jamais, qu’elle avait encore le sens de la vie en communauté, de l’intérêt général et du vivre-ensemble. Mais pour combien de temps encore ? Et surtout les générations actuelles qui ont traversé ces crises sociétales en maintenant la cohésion générale ont-elles réussi à passer aux jeunes générations cet état d’esprit ? Dans les décennies à venir les défis qui se poseront à la société marocaine seront sans nul doute plus importants et plus périlleux. Nous en avons déjà quelques prémices ces derniers temps surtout que certains, de nos jours, n’hésitent pas à encourager encore plus les clivages et la division sur des bases sordides. Pour immuniser la société marocaine contre ces dérives, il n’y a pas de recettes miracles. Au-delà de leurs différences, de leurs origines, de leurs langues, les Marocaines et Marocains ne peuvent s’unir qu’autour de valeurs partagées et universelles. Et ces valeurs ne s’enseignent pas dans des manuels scolaires mais elles se transmettent, s’expliquent, s’illustrent à l’individu depuis son jeune âge à l’école, à la maison, en famille, dans le quartier, dans les clubs et associations…

Or, comment faire quand on connaît les chiffres inquiétants de l’abandon scolaire qui démontrent qu’un grand nombre de jeunes se trouvent éjectés du système scolaire et forcément par la suite de la communauté tout court ? Ces jeunes, qui ont parfois entre 16 et 23 ans, sans instruction suffisante pour leur donner un emploi, sont livrés à eux-mêmes, en proie à la délinquance et plus tard à la criminalité. Comment apprendre à des individus, en marge de la société, des valeurs telles que le travail, la discipline, le respect des aînés, le civisme, l’amour de la patrie, la tolérance… ?

Si aujourd’hui, les solutions de l’école dite de deuxième chance n’ont pas vraiment réussi, d’autres pistes doivent être explorées. L’une d’entre elles : le service militaire obligatoire pour les jeunes qui ont plus de 16 ans et qui ne sont pas scolarisés. Qu’on le veuille ou non, l’armée est l’une des meilleures écoles de la vie. Et dans tous les cas, récupérer un jeune pour un service militaire vaut mieux que de le laisser tracer son chemin vers la délinquance et inévitablement vers la prison. Même sur le plan économique, l’option peut être séduisante. Un simple calcul permet d’établir qu’un détenu, qui ne produit rien, coûte aujourd’hui quelque 75 dirhams par jour à l’Etat contre seulement 25 dirhams pour un militaire. Le choix est vite fait.