Santé et langue de bois

La première règle de la communication, c’est d’avouer ses torts et ses insuffisances. Et même quand on est coupable, on doit le reconnaître.

Le Maroc a un problème: la crédibilité du ministère de la Santé. A juste titre, le ministre Mohamed Biadillah est considéré dans le milieu médical comme quelqu’un de sérieux et de respectable. Mais, à deux reprises, son administration a commis une grosse, très grosse bourde : elle a donné l’impression de vouloir dissimuler la vérité et, dans tous les cas, de l’enrober dans un emballage par elle acceptable.
La première règle de la communication, c’est de reconnaître la vérité et d’avouer ses torts et ses insuffisances. Responsable ne signifie pas forcément coupable. Et même quand on est coupable, on doit le reconnaître. Parce que le contribuable a le droit de savoir.
Tout le Maroc sait que la lutte contre la rage n’a jamais fait partie de nos priorités et il n’est qu’à sortir le soir dans les quartiers périphériques pour rencontrer des hordes de chiens errants. Mais quand une bonne partie de l’Europe occidentale a commencé à sérieusement s’inquiéter des contaminations provoquées par un chiot enragé ramené du Maroc, le ministère de la Santé a publié un communiqué laissant entendre que le dossier de la rage était suivi, pratiquement par routine. En gros, le Maroc n’avait nul besoin de découvrir un chiot enragé et exporté sur Bordeaux pour combattre la rage. Tous les faits disaient le contraire et à preuve, dans les jours qui suivaient, une grande campagne de vaccination des chiens a commencé. Comme par hasard !
Aujourd’hui, avec l’affaire du sang contaminé, le ministère entame davantage sa crédibilité. Or, cette crédibilité est celle du gouvernement et de l’Etat, puisque c’est de la santé des Marocains qu’il s’agit.
L’affaire du sang contaminé, c’est simple: un communiqué du ministère en date du 28 septembre qui dément les informations publiées par la presse britannique et donc nie l’importation par le Maroc de produits anglais contaminés ; suivi le lendemain par un autre communiqué qui reconnaît l’existence de deux «ampoules d’échantillon» qui n’auraient pas été utilisées. Pire encore, le second communiqué avoue que le ministère a été informé par l’ambassade de Grande- Bretagne dès le 24 septembre.
Tout cela fait un effet désastreux, au Maroc et à l’étranger, et ouvre la porte aux rumeurs. Certaines administrations vivent encore avec l’état d’esprit des années soixante-dix, quand on évitait de signaler un cas de choléra à Meknès «pour ne pas faire fuir les touristes».
Le ministre Biadillah, dont on ne dira pas assez la bonne réputation, a aujourd’hui une tâche supplémentaire: débarrasser son administration des relents du passé et lui apprendre à mieux respecter l’opinion publique.