S’affranchir des sièges

Lancé sur une nette et prompte impulsion royale, le programme en faveur des entreprises, notamment les petites et moyennes, commence à se mettre progressivement en marche.

Les banques commerciales et les diverses institutions financières concernées par ce programme déroulent chacune depuis quelques jours leur communication pour démontrer leur plein engagement dans ce chantier, d’un côté, mais aussi pour se positionner rapidement sur un gisement de clientèle qui va probablement exploser dans les mois et années à venir. Car même si le profil de cette clientèle peut sembler, de prime abord, à risque, parce que constituée de petites et moyennes structures pas suffisamment encadrées ni capitalisées, les banques devraient en principe en tirer un profit, certes raisonnable au vu des taux d’intérêt accordés.

Mais le plus important dans la nouvelle démarche que le Souverain a enclenchée, c’est son caractère adaptatif qui vient chambouler complètement l’approche traditionnelle des banques commerciales.

Ces dernières n’ont en effet jamais eu, l’idée, le réflexe ou le courage, de moduler leur intervention et les conditions de leurs concours à travers les taux d’intérêt. Face au risque, les banques avaient de manière globale une réponse du type binaire : accorder ou refuser le crédit. Rien entre les deux. Face à une clientèle très hétérogène et diversifiée, à l’image de l’ensemble de l’économie, les banques proposaient quasiment les mêmes produits avec les mêmes conditions : une sorte d’offre standard appliquée à tous avec, toutefois, des variantes en termes de garanties.

Or, et comme l’a si bien souligné SM.le Roi dans son injonction au secteur bancaire, on ne peut pas administrer le même traitement à toutes les entreprises, qu’elles soient petites, moyennes ou grandes, industrielles, agricoles ou de service, ou encore indépendamment de leur implantation géographique.
Et il ne s’agit pas seulement de moduler le taux d’intérêt en fonction du risque mais aussi et surtout en fonction de l’orientation générale et des objectifs des politiques publiques dont les banques peuvent constituer un des principaux leviers.

A travers une politique de crédits bancaires variables, l’Etat peut booster des secteurs, orienter l’investissement vers des activités, voire des régions plus que d’autres. Cela se faisait dans les années 70 et 80 à travers des incitations publiques et fiscales modulées en fonction des régions.

Dans les années qui viennent, l’économie marocaine ira forcément dans le sens de la régionalisation et les banques pourraient et devraient être réellement un moteur de la croissance régionale si elles réussissent, elles-mêmes, à s’affranchir des pesanteurs d’une gestion du risque trop rigide, centralisée, uniforme, voire contreproductive.