Retour aux fondamentaux

L’agriculture, l’industrie et les services. Le primaire, le secondaire et le tertiaire. Une économie est performante quand ces trois piliers fondamentaux sont développés de manière équilibrée.

Cette vieille théorie a traversé les âges. Elle est valable aujourd’hui et le restera probablement pour longtemps encore. D’ailleurs, à chaque fois que le Maroc s’est écarté du bon sens de cette thèse, il s’est retrouvé en situation difficile.
A la fin des années 50 et début des années 60, avec l’euphorie de l’indépendance, les enjeux de l’époque comme la sécurité alimentaire et la récupération des terres des colons, entre autres facteurs, le Maroc a très vite compris qu’il lui fallait une agriculture moderne et performante. D’où la politique des barrages, le développement de l’irrigation, le lancement de grandes filières… A la fin des années 60 et durant la décennie 70, à la faveur de la marocanisation et de la montée des cours mondiaux des phosphates, le Maroc s’était lancé dans une politique d’industrialisation très ambitieuse. Mais, depuis, l’économie mondiale a connu de profondes mutations. Et avec les années, notre agriculture, restée figée sur de vieux schémas, s’est appauvrie en devenant plus un boulet pour le pays qu’une source de création de richesses. L’industrie qu’on voulait dans les années 70 naissante, lourde et à la pointe, a eu ses années de gloire mais, faute de remise en cause et d’innovation, elle est devenue obsolète, dominée par un tissu de PME en mal de débouchés et qui ne sont pas compétitives.
Si tout cela est arrivé, c’est parce que l’Etat n’a pas réagi à temps aux premiers signaux d’alerte. Il est vrai aussi qu’entre-temps, le tertiaire, les services, se sont développés de manière spectaculaire.
Avec le Plan Maroc Vert, lancé en 2008, on a aujourd’hui la certitude que l’on peut rebâtir tout un secteur quel que soit le degré de difficulté qu’il a atteint. Pour cela, il faut, cependant, une volonté d’abord, puis une vision et du suivi rapproché et rigoureux. Le cas du Plan Maroc vert a démontré aussi que la vision initiale ne prend pas la forme d’une parole biblique. On peut, voire on doit, se remettre en cause et rectifier le tir en cours de route.
Pour l’industrie, des tentatives ont été faites dans les années 90 déjà. On se rappelle encore du Maroc compétitif, de la théorie des grappes… Plus proche de nous, on a eu en 2004 une vision, Emergence, qui s’est arrêtée au stade de la théorie. On a essayé de la réanimer en 2009 à travers le pacte mais au passage on a commis des erreurs. Le développement des services aidant, on a depuis plus d’une décennie marginalisé les industries classiques, traditionnelles jusqu’à les tuer.
Avec la stratégie qui vient d’être lancée grâce à l’appui effectif du Souverain, le Maroc a manifestement décidé de rallumer son deuxième moteur principal qu’est l’industrie. L’Etat, avec ses pouvoirs régaliens, assume visiblement son rôle de facilitateur. C’est au secteur privé à présent d’assumer le sien en investissant, en innovant et en créant des emplois et des richesses.