Réflexion

L’annonce, il y a quelques jours, des grands investissements signés devant SM le Roi pour doter le Maroc d’un outil industriel dans le domaine des vaccins, et plus particulièrement ceux contre la Covid-19, marqueront un tournant majeur.

La portée de l’événement va au-delà de sa relation avec la conjoncture sanitaire actuelle. C’est l’amorce idéale dont a besoin le Maroc pour transformer véritablement son statut industriel et économique.
Un hasard de calendrier a fait que ce grand projet coïncide avec deux autres événements qui, même s’ils ne sont pas directement liés à l’annonce, renvoient à un même sujet de fond, à savoir la place centrale de l’innovation et la recherche scientifique dans le développement.
D’abord, un texte de loi a été adopté tout récemment en conseil du gouvernement pour la création d’un Conseil national pour la recherche scientifique. De même, dans l’enceinte d’une université privée à Fès a été inauguré un centre de recherche dit d’excellence spécialisé dans les technologies de batteries et qui sera porté par un scientifique marocain reconnu mondialement comme étant une sommité en matière de batteries électriques, le futur de l’industrie automobile mondiale. Sa dernière invention, une technique pour recharger en un temps record des batteries en lithium, lui a valu d’être convoité, courtisé par de grands industriels, des centres de recherche et des universités les plus prestigieuses à travers le monde. Il a fini par choisir de revenir dans son pays pour le faire bénéficier de ses talents. Le défi sera donc de le retenir et pour cela il s’agira de lui permettre de s’épanouir, d’aller encore plus loin dans ses innovations et surtout de trouver des relais dans le domaine industriel pour transformer ses inventions.
Ces trois événements concomitants renvoient à une seule et même thématique qui sera centrale dans la trajectoire future du Maroc industriel :
la valorisation et l’exploitation de la recherche scientifique.
En donnant son impulsion au méga projet industriel des vaccins, le Souverain montre la voie aux décideurs, aussi bien dans le public que le privé, aux investisseurs, aux chefs d’entreprises et particulièrement aux grands groupes. Cette voie d’excellence, en plus des capitaux, ne peut se construire que par de la valeur ajoutée scientifique. Or, le Maroc, Etat comme secteur privé, a jusque-là et malheureusement négligé la recherche scientifique. Même dans les universités, censées être des temples de la recherche, les laboratoires sont les parents pauvres. Les budgets alloués à la recherche au Maroc sont insignifiants, ridicules et même humiliants. Or, pour passer du statut d’un pays de «façonnage» à celui d’un pays avec une production industrielle à fort contenu en technologies et en savoir-faire, le Maroc n’a d’autres choix que d’investir massivement la recherche et l’innovation en encourageant la création de laboratoires et de centres et surtout en recrutant, en valorisant et en fidélisant sa matière grise.